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SEINE-ET-OISE
BIBLIOTHEQUE SAINTE-GENEVIEVE
910 987089 5
Galerie Française
PUBLIÉE SODS LA DIRECTION DE
LOUIS MAIIVARD
Ancien chef-adjoint du cabinet de M. le Ministre de l'Instruction
publique, Lauréat de l'Académie française.
AVEC LA COLLABORATION DE :
Recteurs, Inspecteurs généraux de l'Université, Inspecteurs d'aca-
démie, Inspecteurs primaires, Doyens de Facultés des lettres, Pro-
fesseurs agrégés des lycées et collèges, Publicistes, etc., etc.
Mettre dans les mains de nos écoliers français un livre de lecture
qui fasse revivre à leurs yeux et grave dans leur esprit, le passé
historique de la terre natale avec son cortège d'illustrations et de
célébrités, tel est le but de la « Galerie Française ».
Divisée en quatre-vingt-six volumes — un par département — celte
Galerie est, au premier chef, une œuvre de patriotisme et constitue
un précieux instrument d'éducation civique : elle élargit heureuse-
ment, dans le sens local, jusqu'à ce jour un peu négligé, le champ
des connaissances historiques de l'écolier; elle impose à l'esprit de
ce dernier le souvenir des gloires ou des mérites d'hommes qui sont
nés du même sol que lui et ont immortalisé ce berceau commun, et,
réchauffant par là son culte pour la terre delà Patrie, elle exploite
noblement, pour la plus pure édification de la Jeunesse, le grand
héritage de nos pères, si riche en glorieux exemptes, si prodigue de
fières leçons.
La rédaction des quatre-vingt-six livres qui composent la « Galerie
Française » a été demandée aux plumes les plus autorisées ; il suffira
de citer quelques noms : MM. Régis Artaud, inspecteur d'académie,
chef du Cabinet deM. leMinistre de l'Intérieur, présidenidu Conseil;
Compayrê, recteur de ^Académie de Poitiers; Causeret, inspecteur
d'académie, docteur es lettres ; Chanal, inspecteur d'académie ;
Delaage, professeur à la Faculté de Montpellier ; Adrien Dupuy,
professeur agrégé au lycée Lakanal ; A. Durand, secrétaire de
l'Académie de Paris; Duplan, inspecteur général de l'Université;
E.des Essarts, doyen de la Faculté des lettres de Clermont-Ferrand ;
Flourens, ancien ministre des Affaires étrangères; Guillon, agrégé
d'histoire, docteur 'es lettres ;lMurtel, inspecteur général de l'Univer-
sité; Métivier, inspecteur général honoraire; Fleury-Ravarin, Con-
seiller d'Etal; Riquet, professeur à l'Ecole alsacienne; A. T/ieuriet,
lauréat de l'Académie française; Sevin-Desplaces, conservateur à la
Bibliothèque Nationale; Tranchait, ancien proviseur du lycée
d'Orléans; etc., etc.
Chacun des livres de la « Galerie Française » forme un t'n-18
jésus, tiré sur beau papier, illustré de portraits gravés sur bois
et cartonné avec titre spécial.
Prix du volume : 1 fr. SO.
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GALERIE FRANÇAISE
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SEINE-ET-OISE
PAR
E.-H. VALARAY
FUBLICISTE
PARIS
CUREL, GOUGIS S
ÉDITEURS
3 el 5, place de Valois
Tous droits réser
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SEINE-ET-OISE
Le département de Seine-et-Oise a une superficie territo-
riale de 560.386 hectares, divisée en 6 arrondissements,
37 cantons, 689 communes. Sa population est de 628.390 ha-
bitants. Il fait partie de la première Conservation des forêts.
Commerce et industrie. Grâce à l'école de Grignon qui pro-
page les nouvelles méthodes et les nouveaux instruments,
l'agriculture est très avancée, et il s'y fait un assez grand
commerce de grains; papeteries et fabriques d'étoffes à
Essonnes; forges d'Alhis; exploitation déplus de 500 car-
rières; moulins à farine à Corbeil. Produits de la manufac-
ture nationale de porcelaine de Sèvres et d'arbustes des pépi-
nières de Versailles.
Anna', justice et cultes. Le département est compris dans le
2° corps d'armée pour l'arrondissement de Pontoise, dans le
3° corps pour les arrondissements de Mantes et de Versailles,
dans le 4 e corps pour l'arrondissement de Rambouillet et
dans le 5 e corps pour les arrondissements d'Etampes et de
Corbeil; ses tribunaux sont du ressort de la Cour d'appel de
Paris; le diocèse de Versailles est suffragant de l'Archevêché
de Paris.
Instruction publique. Académie de Paris. Enseignement
secondaire : Ecole normale supérieure d'enseignement supé-
rieur secondaire pour les jeunes filles, à Sèvres, Lycée Hoche,
Lycée de jeunes filles; collèges à Elampes et à Pontoise!
Enseignement primaire : Ecole normale supérieure d'ensei-
gnement primaire (instituteurs) à Saint-Cloud. Ecoles nor-
males d'instituteurs et d'institutrices à Versailles; cours nor-
mal libre d'institutrices protestantes à Boissy-Saint-Léger;
école professionnelle à Versailles; écoles primaires supé-
rieures de garçons, à Dourdan, de filles à Versailles. Cours
complémentaires de garçons et de filles. Il y a 1.021 écoles
primaires publiques (342 de garçons, 310 de filles, 309 mixtes)
et 84 écoles maternelles, recevant 56.795 enfants de 6 à
13 ans. Il y a 388 caisses d'épargne scolaires et 456 caisses des
écoles. D'après le degré d'instruction des conscrits de la classe
1891, le département occupe le 20° rang (le nombre des cons-
crits sachant au moins lire est de 91,1 sur 100.)
PAYS ET GENS
Comme le jardin environne la maison, le départe-
ment de Seine et Oise environne Paris et le dépar-
tement de la Seine.
Il passe, à juste titre, pour un des plus beaux et
des plus riches de France. Sur le parcours immédiat
des grandes voies ferrées qui partent de Paris en se
dirigeant dans tous les sens, sur celles d'Orléans,
de l'Ouest, de Lyon et de Sceaux, la vue ne rencontre,
sans presque aucune interruption, que de belles villas
situées au milieu de jardins artistement dessinés et
soigneusement tenus ; que de superbes châteaux en-
tourés de beaux parcs aux allées d'arbres séculaires;
puis, servant à peu près partout de cadre à ces ta-
bleaux, des collines d'une hauteur moyenne de
173 mètres; sur ces collines, des bois, dont quel-
ques-uns de très vaste étendue : dans le département
même sont les belles forêts de Versailles, de Saint-
Germain, de Rambouillet et de Meudon. Ça et là,
quelques vallées étroites et profondes, dont les plus
connues et fréquentées sont celles de l'Orge et de
l'Yvette, au sud du département.
C'est surtout dans la vallée de l'Orge, principale-
ment entre la Seine et la colline où s'élève la vieille
tour de Montlhéry, que se rencontrent ces propriétés
dont nous venons de parler, d'un si agréable coup
SEINE-ET-OISE
d'oeil pour le voyageur. Le touriste y va chercher les
beaux sites des hauteurs rocheuses de Rochefort en
y vélines, et des petites Alpes de Saint-Chéron.
La vallée de l'Yvette, ruisseau affluent de l'Orge,
est plus profonde; elle apparaît bordée de collines
boisées, qui forment de leur côté de charmants val-
lons latéraux dont le plus remarquable est celui des
Vaux, de l'ancienne Abbaye de Cernay, rendez-vous
favori de la plupart des artistes parisiens.
Le chef-lieu du département est Versailles, ville
que la royauté de Louis XIV a rendue célèbre et dont
le château a été le centre de la diplomatie euro-
péenne au xvni siècle, ainsi que le berceau de presque
toute la descendance du Grand Roi.
Versailles a d'autres souvenirs historiques mal-
beureusement moins brillants pour notre sentiment
national, et de date plus rapprochée. C'est dans le
palais même du triomphateur de Nimègue que fut
proclamé, le 18 janvier 1871, le nouvel Empire alle-
mand, et que les souverains d'avant 1866 firent
échange de leur couronne contre le casque du Bran-
debourg
L'Assemblée nationale élue à la fin de la guerre
alla siéger à Versailles. Cette assemblée, l'une des
plus royalistes de ce siècle, n'en fut pas moins obligée
d'obéir à la force des choses, et de voter, le 25 mai
187o, la Constitution en vertu de laquelle notre pays
entra, par la voie de la légalité, dans le régime ré-
publicain.
Après Versailles, les villes ou les endroits les plus
remarquables sont :
Saint-Germain-en-Laye, située près de la belle forêt
de ce nom, et célèbre par son château qui remonte
LE PAYS ET LES GENS 9
au temps de François 1", et surtout par sa magni-
fique terrasse, l'un des chefs-d'œuvre de Le Nôtre,
laquelle domine toute la vallée de la Seine.
Meudon et Saint-Cloud, dont les beaux châteaux
historiques ont été détruits par l'artillerie allemande,
et où il ne reste que de belles terrasses, datant éga-
lement de l'époque de Louis XIV.
Etampes, Ponïoise, Mantes et Corbeil, villes très
anciennes, que leur proximité de Paris voue à peu
près exclusivement au commerce des grains, de la
farine, et aux industries de meunerie.
Rambouillet, avec un château historique encore
debout et une forêt qui couvre 13.000 hectares.
MoNTMORExcr, également près de la forêt du même
nom, berceau de l'une des plus anciennes ei plus
célèbres familles de France.
- Enghien, lieu de villégiature estivale pour les Pari-
siens empêcb es d'aller plus au loin; assez beau lac,
de 1,000 sur 300 mètres. — Forges-les-Baims. en"
conditions analogues.
Satht-Cyr, école de préparation militaire des futurs
officiers de l'armée française, établie là par Napo-
léon P r sur une des fondations de Louis XIV.
Dourdan, petite ville industrieuse, où se trouve
encore un vieux château fort du vin* siècle. —
Montfort-l'Amaurt avec môme souvenir.
Sèvres, que sa manufacture de porcelaines a rendu
célèbre dans le monde entier.
Le département de Seine-et-Oise est traversé dans
toute son étendue par la Seine . Le fleuve y forme
par ses nombreux. détours, surtout en sortant de
Paris et en remontant vers le Nord, une succession de
bassins d'aspect infiniment varié.
1
SEINE-ET-OISE
La Seine entre dans le département au-dessous de
la pittoresque ville de Corbeil, et après avoir passé
au pied des petites colllines de Ris-Orangis et de la
forêt de Sénart, pénètre à Choisy-le-Roi dans le
département qui porte son nom, s'y grossit d'un tiers
par l'affluence de la Marne, et en ressort dans le
vallon de Sèvres. De là, elle reprend sa route dans le
département de Seine-et-Oise, en suivant les prolon-
gements de nombreuses hauteurs qui fuient en
s'arrondissant à l'horizon vers les forêts ou bois de
Saint-Germain; passe ensuite à Meulan, Mantes,
Limay, Rosny, Bonnières, et entre enfin dans le
département de l'Eure, au confluent de la jolie
rivière d'Epte.
Quant à l'Oise qui a dû donner son nom au dépar-
tement pour aider à le distinguer de ceux de la Seine
et de l'Oise, elle y pénètre au nord-est de l'arron-
dissement de Pontoise et va tomber dans le fleuve
à Conllans-Sainte-IIonorine.
Des habitants de ce département on ne sau-
rait rien énoncer de caractéristique : ce sont ceux
de l'ancienne Ile-de-France, et par conséquent,
sauf dans le nord des arrondissements de Pontoise et
de Mantes, exactement ceux de Paris même. Or, de
génération en génération, de toutes les provinces de
France autrefois, de tous les départements aujour-
d'hui, toute une population est venue se fixer à Paris,
s'y marier et fonder des familles, qui n'ont rien de
commun entre elles que le lieu de naissance, rien de
semblable que l'habitation dans la grande cité.
Quand ces familles ont un peu d'aisance ou en ont
acquis, elles rayonnent en villégiature tout autour de
Paris, et là se" reproduit à peu près le même cas
ROIS DE FRANCE
1 1
général. On ne peut donc pas faire, pour la Seine-et-
Oise une esquisse de l'esprit local. — Ce que nous
pouvons toutefois dire ici, c'est que presque tous
les hommes dont nous allons parler appartenaient
à des familles originaires de l'endroit où ils sont
nés eux-mêmes.
A. — ROIS DE FRANCE
Le département de Seine-et-Oise a vu naître huit
rois : tous ont joué un rôle important dans notre his-
toire; leur caractère et les événements qui ont mar-
qué leur règne sont trop connus de nos lecteurs pour
que^nous ayons à les rapporter ici. Nous nous bor-
nerons à donner les noms de ces rois, avec la date
de leur naissance et celle de leur mort. Ce sont :
Philippe-Auguste, 1165-1232 ; Louis IX, 1215-
1270 j'Philippb III, 1245-1285; Henri II, 1519-1559;
Louis XIV. 1638-1715; Louis XVI, 1754-1793; Louis
XVIII, 1755-1824; Charles X, 1757-1836.
B.
SOLDATS ET MARINS
Simon de Montfort (1150-1218).
Ce personnage offre un exemple de la fureur à la-
quelle le fanatisme peut entraîner un homme.
Il fit d'abord partie de la seconde croisade, alla en
] 2
SE1NE-ET-0ISE
Palestine, et s'y distingua par sa bravoure. Quelques
années après son retour, il fut élu chef de la croisade
à diriger contre les malheureux Albigeois. Dans cette
guerre religieuse en apparence, destinée en réalité à
servir l'ambition de quelques barons, Simon de Mont-
fort se signala par un courage extraordinaire mais
que sa cruauté réussit à dépasser. A la prise de Béziers
(1209) il ordonna le massacre général des habitants,
et comme on lui présentait à ce sujet quelques obser-
vations : « Tue, tue! s'écria-t-il, Dieu saura bien
reconnaître les siens. » — D'autres ont attribué ce
triste propos au légat du Pape ; d'autres enfin Tont
nié. — Quatre ans après, il défit à Muret l'armée de
Pierre II d'Aragon qu'il tua, dit-on. de sa main; cette
victoire le mit en possesion des Etats du comte Ray-
mond de Toulouse. Le Pape, en confirmant cette usur-
pation, se rendit complice de toutes ses violences.
Toulouse ayant chassé ses soldats, il revint avec
une armée, l'assiégea et l'eût probablement inondée
de sang, si une forte pierre adroitement lancée des
murailles, n'eût, en tuant ce monstre, débarrassé bien
à propos la terre.
Villi«M-H de l'Isle-Adam (1384-1437).
D'une ancienne famille de barons, Villiers suivit
comme ses aïeux la carrière des armes. Il s'attacha
d'abord au parti des Anglais, ou plutôt à celui du duc
de Bourgogne, pour le compte duquel il s'empara de
Paris. Le duc, ayant qualité de lieutenant général du
Royaume, le nomma pour ce fait d'armes maréchal
de France; mais le roi d'Angleterre, étant venu pren-
dre possession de Paris, se trouva froissé des allures
indépendantes du guerrier français : il ordonna de
SOLDATS ET MARINS
13
l'enfermer à la Bastille et, de là, l'eût envoyé à l'écha-
faud, s'il n'avait craint de s'aliéner le duc de Bour-
gogne. A la réconciliation de ce dernier av.ec
Charles VII, l'Isle-d'Adam reçut le commandement
d'un corps de troupes royales, avec lequel il com-
battitavantageusement contre les armées du roi d'An-
gleterre. Repassé plus directement au service de Phi-
lippe de Bourgogne, il fut tué dans une émeute à
Bruges.
Général Leclerc (1772-1802).
Né à Pontoise. fds d'un de ces négociants en farine
que l'on trouve encore en assez grand nombre dans
cette ville, Leclerc s'engagea comme volontaire dès
les premiers jours de la Révolution. Deux ans après,
nous le trouvons capitaine au siège de Toulon, où
il se lie intimement avec Bonaparte, le suit dans sa
campagne- d'Italie et en revient général de brigade
pour épouser la sœur de son protecteur qui fut plus
tard la princesse Borgbèse. Désigné ensuite comme
chef d'état-major de Berthier, il fit réussir le 18 bru-
maire, en se mettant à la tête des grenadiers qui
expulsèrent à la baïonnette le conseil des Cinq-Cents.
Nommé aussitôt général de division, il partit à l'ar-
mée du Rhin, servit sous Moreau et sut contribuer à
la victoire de son chef à Hohenlinden. Le premier
Consul le choisit ensuite pour commander l'armée
d'expédition contre Saint-Domingue : quelques jours
après son débarquement, Leclerc fut atteint de la
fièvre jaune et mourut. Il avait 31 ans à peine. Sa
mort fut fatale à cette expédition.
1 4
SEISE-ET-OISE
Hoche (Lazare) (1768-1797).
Le général Hoche est l'un des plus beaux caractères
de- la Révolution française et l'une de ses plus glo-
rieuses figures militaires. On peut dire que nul, plus
que lui, n'a incarné cette conception démocratique
admise aujourd'hui chez presque tous les peuples :
l'homme de la société moderne, quelle que soit la
modestie de son origine ou les misères de ses com-
mencements, peut s'élever par son mérite au premier
rang de la hiérarchie sociale.
Lazare Hoche naquit à Versailles le 24 février 1768.
— Il était fils d'un simple garde des communs royaux,
SOLDATS ET MARINS
15
et en 1782, il fut admis comme aide-palefrenier dans
les écuries du Roi. Son père étant mort, le jeune
adolescent, auquel son humble emploi ne procurait
encore aucuns gages, ne trouva un peu de secours et
d'appui qu'auprès de l'une de ses tantes, fruitière
à Versailles. A cette brave femme, il ne demandait
de l'argent que pour acheter des livres, et ces livres,
il en faisait ses compagnons de jour et de nuit.
Deux ans après, porté par vocation au métier
des armes, il réussit à se faire admettre dans le régi-
ment des gardes françaises. Il n'avait encore que seize
ans, mais sa stature et sa vigueur physique lui fai-
saient accorder facilement vingt ans.
On le vit monter des gardes etse charger de corvées,
toujours dans le même but : se procurer des livres.
Dans les journées d'octobre 1789, il prit part à la
défense du château et fut remarqué par La Fayette,
qui l'engagea dans l'un des régiments de Paris avec
le grade d'adjudant. En 1792, il reçut l'épaulette et
fut nommé lieutenant dans le régiment de Rouergue.
Ayant dès lors les loisirs de l'officier, il reprit ses
études et les concentra sur la science militaire.
Envoyé avec son régiment au siège de Thionville, il
ne tarda pas à se signaler à l'attention du général
qui le choisit comme aide de camp. Le corps de
siège rejoignit l'armée de Dumouriez, et le jeune
officier prit part à la journée de Nerwinde. Après la
défection de Dumouriez, son chef et lui revinrent à
Paris.
Hoche, qui avait conçu tout un plan de campagne,
sollicita du Comité de salut public une audience, où
il exposa ses vues avec tant de netteté qu'il les vit
admettre par les membres du Comité. Ceux-ci lui
10
SEINE-ET-01SE
expédièrent le brevet d'adjudant général et lui con-
fièrenl la mission de protéger Diuikerque contre les
troupes du duc d'York. Hoche arrive, ranime, par
ses discours et par son exemple, la confiance ébranlée
de la garnison, l'établit dans un camp retranché en
dehors de la ville, tient tête à toutes les attaques
et immobilise les troupes d'investissement jusqu'à
ce que la victoire de Houchard à flondschoote les
oblige à suivre la retraite de l'armée anglaise.
Cette heureuse défense de Dunkerque ouvrit à Ho-
che le chemin des hauts grades. Il fut nommé général
de brigade, et peu après, favorisé par un vide survenu
dans les cadres, général de division. C'est en cette
qualité qu'il reprit aux ennemis la ville de Fumes.
Le commandement de l'armée de la Moselle étant à
donner, le Comité de salut public résolut de le con-
fier au jeune général qui semblait devoir être un
favori de la fortune des armes. Il n'avait alors que
24 ans. Ainsi que nous l'avons vu, il ne devait abso-
lument rien à la naissance ; il ne devait pas davantage
aux moyens d'action que la richesse procure ou per-
met d'employer : il n'en était pas moins arrivé, en
deux campagnes seulement, à parcourir toute
l'échelle des grades, mais chacun d'eux avait été la
récompense ou d'une inspiration heureuse ou d'une
action d'éclat.
Le fameux bataillon de la Moselle était devenu
l'armée de ce nom, armée dépourvue des éléments
qui donnent à des troupes la solidité nécessaire.
Hoche renouvela ce qu'il avait réalisé précédem-
ment avec la garnison de Dunkerque : il ranima
d'abord la confiance de ses soldats. L'armée prus-
sienne avait envahi l'Alsace et l'occupait tout en-
SOLDATS ET MARINS
17
tière; de plus, elle assiégeait Landau, et la chute de
cette place n'était qu'une question de temps. Le jeune
commandant en chef de l'armée française conçut le
projet de délivrer la place, et comme contre-coup,
d'obliger le restant des troupes d'occupation à éva-
cuer complètement la province. Mais il avait affaire
à des troupes solides, et commandées par un des
plus habiles manœuvriers de l'Europe : le duc de
Brunswick. Hoche, plein de confiance dans la va-
leur des siennes, et un peu aussi dans sa propre
science militaire, alla lui livrer bataille dans sa forte
position de Kaiserlautern. Repoussé le premier jour,
il le fut également le second, et ne réussit pas mieux
le troisième. Alors il recula, fit reposer ses troupes,
et, quinze jours après, reparut avec un autre plan.
Laissant une division sur la Sarre, afin de cacher
son mouvement, il traversa les Vosges par un affreux
temps, et sachant que Pichegru manœuvrait sur la
gauche de Wurmser, il se porta sur la droite du
général autrichien, qui, sentant le danger, recula
rapidement. Hoche le poursuit de munie, l'atteint à
"Wissembourg, le met en déroute, et, s'avançant avec
toutes ses forces vers Landau, en fait lever le siège.
Il poursuit alors la seconde partie de son plan de
campagne, reprend successivement Germesheim,
Spire, AVorms, et amène enfin l'évacuation de toute
l'Alsace.
Mais tant d'heureux succès devaient être suivis de
presque autant d'amertumes. Un redoutable envieux
de ces succès surgit en Pichegru. Ce général, furieux
d'avoir été placé sous le commandement de Hoche,
ne cessa d'intriguer auprès de Saint-Just et de Lebas,
commissaires de la Convention à l'armée de la
18
SEINE-ET-OISE
Moselle. Hoche n'avait pas songé qu'il dût se faire
leur courtisan ; Pichegru adopta ce rôle et y réussit.
Le rapport des deux commissaires au Comité de
Salut public attribua en conséquence tout le succès
de Wissembourg aux combinaisons de Pichegru; il
lui attribua même le mérite d'avoir débloqué Lan-
dau. Hoche protesta, établit la fausseté des affirma-
tions du rapport, mais il y apporta tant de vivacité
que Robespierre, incité par Saint-Just, le prit en
suspicion et résolut de le perdre. N'osant le faire
arrêter au milieu de ses soldats, qui l'adoraient, on
lui adressa l'ordre de se rendre à l'armée d'Italie pour
en prendre le commandement : un autre ordre, ce-
lui-là d'arrestation et de citation à la barre delà Con-
vention, l'attendait à Nice. Ramené à Paris en cri-
minel, il fut enfermé à la Conciergerie et n'en sortit
vivant que grâce au 9 thermidor.
Rendu à la liberté, il ne tarda pas à être investi du
commandement des armées de la Vendée, et montra
dans ce nouveau poste que les qualités de l'homme
politique s'alliaient chez lui à celles du général.
Jugeant qu'il avait devant lui, non des ennemis
dans le sens môme du mot, mais des concitoyens
aveuglés ou égarés, il essaya de la conciliation avant
môme d'en avoir reçu l'ordre ; toutefois les passions
des deux partis étaient trop surexcitées, pour que ce
moyen pût aboutir.
Tout à coup, la consternation se répand dans
toute la Bretagne : on vient d'apprendre la descente
des émigrés à Quiberon. Au milieu du désarroi gé-
néral, Hoche ne perd pas son sang-froid; il réunit
rapidement ses troupes éparses, et profitant de l'inac-
tion de l'armée royaliste, il s'empare d'Auray, emporte
SOLDATS ET MARINS
1 ;>
le fort et bloque les émigrés dans la presqu'île, ce qui
oblige les uns à se rembarquer, les autres à capituler.
La Convention ayant envoyé à leur sujet des ordres
sanguinaires, Hoche refusa de les exécuter : il remit
le commandement à l'un de ses divisionnaires et
remonta vers Saint-Malo. Deux mois après, le Direc-
toire lui envoya des pouvoirs illimités, avec la mis-
sion de pacifier la Vendée.
Le général se mit en route pour ce pays, en fit
occuper immédiatement les points militaires, rassura
les habitants par la promesse formelle de respecter
leurs personnes et leurs biens, puis, empruntant la
tactique des insurges, il les combattit au moyen de
colonnes mobiles, qui, se portant d'une position mi-
litaire à l'autre, nettoyaient en quelque sorte le
pays sur leur passage. Charette et Stofllet, de jour
en jour plus affaiblis devant un adversaire qui renou-
velait constamment ses forces, furent pris les armes
à la main, et fusillés on vertu de lois édictées contre
eux spécialement. Le vainqueur s'occupa ensuite de
pacifier l'Anjou, la Bretagne, le Maine et la Nor-
mandie, et il eut le bonheur d'y réussir sans avoir à
verser de nouveau le sang français. Aussi le Direc-
toire, par un décret de juillet 1796, déclara-l-il que
l'armée de l'Ouest et son général avaient bien mérité
de la Patrie.
Débarrassé des soucis de l'intérieur, le jeune
général conçut un plan que Napoléon devait repren-
dre en partie plus tard : celui d'un débarquement en
Angleterre, ou plutôt en Irlande. Il sut le préparer dans
le plus grand mystère, et, sans qu'on en soupçonnât
rien, embarquer le corps expéditionnaire.
On était malheureusement en hiver : le vaisseau
20
SEINE-ET-OISE
du général, séparé de la flotte par le mauvais temps,
aborda seul en Irlande et fut naturellement contraint
de reprendre la mer pour revenir en France où il
ne parvint, qu'après avoir subi de nouvelles avaries
et couru plusieurs fois le risque de tomber aux mains
des croiseurs anglais.
Hoche rentra à Paris et chercha un peu de repos :
le chagrin de son échec l'avait rendu malade. Pour
le remettre et le consoler, le Directoire lui donna
le commandement de l'armée de Sambre-et-Meuse,
la plus belle que l'on ait pu voir sous la Révolu-
tion française; exercée, disciplinée, pourvue d'un
excellent matériel, elle ne comptait pas moins de
80.000 hommes.
Avec une pareille armée et un tel général, la cam-
pagne ne pouvait qu'être brillante, et elle le fut en
effet. Hoche franchit le Rhin, sous le feu même de
l'ennemi, culbute ce dernier, court sur le gros de
l'armée autrichienne, l'attaque à Neuwied, la refoule
à Ukerath, la bat à Allentrinchen, à Dicdorff, et s'em-
pare de Wetzlar sans coup férir. En cinq jours,
l'armée française avait parcouru trente et une lieues,
et livré, partout victorieuse, cinq combats et deux
batailles; l'armée autrichienne avait laissé entre nos
.mains 8.000 prisonniers et 29 canons.
Rien ne semblait devoir arrêter le glorieux vain-
queur et ses soldats, lorsqu'il reçut la nouvelle que le
général Ronaparte, triomphant de son côté, venait de
signer un armistice avec l'archiduc généralissime.
Il suspendit aussitôt tout mouvement, s'arrêtant net
au milieu de son triomphe.; il établit son quartier
général à Witzlar, sollicita un congé et, l'ayant
obtenu, revint à Paris. 11 y trouva la lutte engagée
SOLDATS ET MARINS
21
entre le Directoire et les Conseils, c'est-à-dire entre
les Républicains et les partisans secrets de la Monar-
chie. Hoche, avait d'autant plus désapprouvé les
excès de la Révolution qu'il avait, nous l'avons vu,
failli en être la victime, mais il ne lui paraissait pas
cependant que rien pût être substitué au nouvel
ordre de choses. Le Directoire, absolument répu-
blicain, sauf Barras, résolut de faire appel à sa
loyauté et de lui déléguer tout le pouvoir mili-
taire. Pressenti à ce sujet, le général répondit sim-
plement: « Je vaincrai tous les ennemis de la Répu-
blique, et quand j'aurai sauvé ma patrie, je briserai
mon épée. »
Pour exécuter son plan, il envoya un ordre de
rappel à quelques-unes de ses troupes, mais ce mou-
vement ne pouvait passer inaperçu. Une violente cla-
meur s'éleva dans les deux Conseils contre le général
Hoche et contre le Directoire qui, pris de peur, en-
voya aux troupes rappelées l'ordre de retourner à
l'armée du Rhin. Indigné de tant de faiblesse et ayant
à cœur de justifier sa conduite, Hoche demanda sa
mise en jugement. Le Directoire exécutif rejeta na-
turellement sa demande, et l'invita à rejoindre son
quartier général : il en reprit la route, mais à peine
y fut-il arrivé, qu'il tomba subitement et violemment
malade. Atteint de douleurs brûlantes, il cracha le
sang, et les douleurs redoublant, perdit entièrement
la voix. L'une de ses dernières paroles fut celle-ci :
« Suis-je donc comme Hercule, enveloppé de la tu-
nique empoisonnée de Nessus! » Le 15 septem-
bre 1797, la Révolution voyait disparaître avec lui
l'une de ses illustrations les plus pures. Heureux eût
été l'infortuné général, s'il lui eût été donné de tom-
22
SE1NE-ET-01SE
ber dans une immortelle journée, ainsi que Marceau,
Joubert et Desaix,le drapeau de la France à la main,'
au lieu d'expirer misérablement sous sa tente!
L'ouverture du corps, ordonnée par son état-major,
établit un empoisonnement, dont il serait d'ailleurs
difficile de préciser le motif. — Ce qu'il y a de cer-
tain, c'est que les ennemis qu'il avait à Paris, notam-
ment Pichegru, alors du parti du général Bonaparte,
ne cessèrent d'intriguer pour lui faire retirer là
mission délicate que le Directoire avait voulu lui con-
fier. Cette mission, qui aboutit au coup d'Etat de
Fructidor, fut donnée à Augereau, soldat brutal,
dont la valeur intellectuelle n'était pas à redouter, et
d'ailleurs tout dévoué à Bonaparte.
Le Directoire, en ordonnant de rendre au com-
mandant de l'armée de Sambre-et-Meuse les plus
grands honneurs, décida que son corps serait amené
à Pétersberg et inhumé à côté de celui de Marceau.
En même temps, une grande marche funéraire fut
organisée au Champ de Mars, en l'honneur de ces
deux héros, cérémonie renouvelée des temps anti-
ques comme la plupart des fêtes de la Révolution.
On peut dire du général Hoche qu'il représente à
la fois l'idéal du soldat, du citoyen, et de l'homme.
Général en chef à 24 ans, mort à 29, il acquit en
5 ans une gloire qui le place au rang de nos premiers
capitaines. — Fier, et peut-être ambitieux, il ne s'en
montra pas moins, en toutes circonstances, généreux
et désintéressé. Pendant son passage en Vendée, il
adoucit, autant que cela fut en son pouvoir, les hor-
reurs inhérentes à la guerre civile; il y fit preuve des
vertus du citoyen. — Captif, il donna à l'étude toutes
ses heures de prison, il s'efforça d'y rendre son es-
rr:^-^^^^^*''' "-to y-y^jy-BS?:
SOLDATS ET MARINS
2 3
prit plus sérieux et plus réfléchi; menacé de l'écha-
faud, il conserva sa tranquillité d'âme et prouva
qu'il y avait en lui, dans toute l'acception du mot: un
homme.
Voilà pourquoi, depuis son établissement définitif,
la République célèbre chaque année une fête à Ver-
sailles, en l'honneur de cette grande mémoire.
Berttiiei- de Wagram (Pierre-Alexandre),
(1755-1815).
Né à Versailles, Berthier était le fils aîné d'un in-,
génieur distingué, directeur, sous Louis XV, du
dépôt de la guerre ; son père lui fit donner nne édu-
cation toute militaire et le destina à l'arme du génie.
A dix-sept ans, le jeune homme était nommé offi-
cier dans le corps royal de l'état-major, qu'il quitta
quelques années après pour passer dans l'infanterie.
11 lit partie de l'expédition de La Fayette en Amé-
rique, avec le grade de capitaine; il en revint avec
celui de colonel, ce qui constituait un avancement
rare pour un officier dont le père n'avait que des let-
tres de noblesse.
Nommé en 1789 major général de la garde natio-
nale de Versailles, poste qu'il occupa deux ans, à
Versailles d'abord, à Paris ensuite, il fit à l'occasion
tous ses efforts pour protéger le roi et sa famille. A
la fin de 1791 , promu adjudant général, il se renditavec
Necker à Metz, pour y remettre à Kochambeau et à
Luckner le bâton de maréchal ; ce dernier le retint
comme chef de son état-major. Envoyé de là en Ven-
dée, il rendit de grands services à d'inexpérimentés
généraux en chef, en levant les plans du pays. Le gé-
néral Kellermann.qui était chargé d'opérer en Italie,
24 SEINE-ET-OISE
demanda et obtint l'envoi de Berthier à son état-ma-
jor, et ce fut Berthier qui eut la sage inspiration de
faire occuper par l'armée de son général la ligne de
Borghetto, qui arrêta la marche de l'ennemi Bona-
parte avait depuis longtemps apprécié ses talents-
aussi s empressa-t-il, à son départ pour l'Italie de lé
demanderai! Directoire. Berthier justifia cette' con-
fiance; ,1 rendit les plus grands services au jeune
général par sa connaissance approfondie des cartes
ainsi que par l'intelligente impulsion qu'il sut don-
ner à 1 état-major. Il excellait, grâce à l'expérience
acquise du métier de la guerre et aux études spé-
ciales qu il avait faites, à rendre un compte précis et
complet des manœuvres effectuées par l'armée- de
plus, sur un champ de bataille, il savait saisir l'heure
exacte où il importait d'envoyer des ordres. Napoléon
1 apprécia toujours sous ce rapport, et l'on dit qu'à
Waterloo il exprima hautement son regret de ne pas
1 avoir avec lui. ' r
A son retour à Paris et pendant le séjour qu'il v
fit, le vainqueur d'Italie remit à son chef d'état-major
le commandement de l'armée, et ce fut Berthier qui
alla occuper Rome et proclamer la République ro-
maine. Mais comme, en définitive, excellent en sous-
ordre, il n avait pas assez de fermeté dans le carac-
tère pour exercer le commandement en chef le
désordre se mit dans l'armée française et devint tel
q w n D /™ cto,re envo Y a "« autre commandant en
chef. Berthier revint à Paris, Bonaparte eut toutes les
peines du monde à l'en arracher pour l'emmener en
Egypte ; il eut d ailleurs compassion de sa nostalgie
sur la terre d Orient, et il n'oublia pas de l'en rame-
ner. Berthier paya sa dette de reconnaissance en se
SOLDATS ET MARINS
dévouant aveuglément à son chef, pendant les jour-
nées de Brumaire.
Dès que le premier Consul fut maître de la situation ,
son chef d'état-major devint son ministre et fut chargé
de la formation de la seconde armée d'Italie. A
Marengo, Berthier fit tout son possible pour répa-
rer l'une des rares fautes de son général : celui-ci,
comme on sait, rendit le sort de la journée douteux
en déployant son armée dans la plaine en face de la
cavalerie et de l'artillerie autrichiennes, deux fois
plus fortes que la cavalerie et l'artillerie françaises.
Desaix, par son courage, Berthier par ses mesures,
parvinrent à ramener enfin la fortune du côté de nos
armes.
Rentré en France, il reprit des mains de Carnot
le portefeuille de la Guerre. Le sénatus-consultc qui
conféra au premier Consul le titre d'Empereur devint
pour son ministre une source d'infinies faveurs. 11 fut
créé maréchal de l'Empire, grand veneur, colonel,
général et enfin, en 1806, prince de Neufchàtel et de
Valengin. Dès lors, à l'exemple des souverains, il ne
signa plus rien que de son prénom Alexandre. On
voit bien que la Révolution, dont Napoléon se disait le
continuateur, avait dévié de sa ligne démocratique.
A Iéna, à Friedland, à Ekinuhl, et surtout à
Wagram, dont le nom lui resta comme glorieuse
récompense, le chef d'état-major général fit admirer
son sang-froid et son expérience des champs de
bataille.
11 désapprouva la campagne de Russie, mais il y
suivit naturellement l'Empereur. Ici commence la
seconde phase de sa vie, de beaucoup moins glorieuse
que la première. Dans la retraite de Russie on ne
2
2 6
SEINE-ET-OISE
retrouve plus l'habile chef d'état-major du passé. Il
confond les ordres, prend d'inutiles mesures, se que-
relle avec les autres maréchaux et ne fait rien qui
atténue l'immensité du désastre.
Aux événements de 1814, sa conduite est singu-
lière et très peu honorable.il abandonne l'Empereur,
avant que celui-ci ait fait connaître son abdication. Il
va plus loin, il accepte de se mettre à la tête des ma-
réchaux et c'est lui, Berlhier, que l'on trouve haran-
guant en leur nom Louis XVIII, et l'assurant du
dévouement et de la fidélité des chefs de la vieille
armée.
Porté sur la liste des pairs de France et maintenu
dans la plupart de ses emplois, il hésite, au retour de
l'île d'Elbe, mais suit néanmoins Louis XVIII à
Gand. Traité, au retour des Bourbons, avec une grande
froideur, il quitte la Cour et se retire dans la princi-
pauté de son beau-père, où il se voit assez mal ac-
cueilli. Dès lors, une sombre tristesse s'empara
de lui.
Un matin d'octobre 1815, on le trouva étendu mort
sur le pavé de la cour. On sait que bien des récits
divers ont, surtout à l'époque, circulé sur cette fin
étrange; il est certain que jamais l'on n'a pu fournir
de version satisfaisante. Sa mort ne paraît pas , en
somme, avoir été naturelle.
' Barra (le jeune) (1780-1793).
Cet enfant héroïque a donné au monde un bel
exemple d'affection filiale et de dévouement patrio-
tique.
Entraîné par le souffle d'indignation qui secouait
toute la France, il réussit à se faire .enrôler dans un
SOLDATS ET MARINS
27
régiment qui fut envoyé en Vendée. Toutefois, bien
qu'on le jugeât robuste pour son âge, il n'y fut admis
qu'en qualité de tambour.
A peine arrivé au régiment, il apprit que sa mère
était devenue veuve : dès lors, il s'imposa de se ré-
duire au plus strict nécessaire, afin de lui pouvoir
envoyer régulièrement sa solde.
Après avoir, à l'affaire de Cholet, fait prendre deux
Vendéens, il fut entraîné par son ardeur juvénile et
se trouva seul. Les soldats vendéens eurent d'abord
la pensée de l'épargner, mais ils le sommèrent de crier
avec eux: Vive le Roi ! — Barra, les regardant bien
en face, s'écria résolument : Vive la République ! Il
tomba aussitôt, percé de coups de baïonnettes, en
serrant sur son cœur la cocarde tricolore. Il n'avait
que treize ans et demi.
La Convention, instruite de ce trait de courage et
de cette fin héroïque, décida que le buste de Barra
serait placé, à défaut de sa dépouille, dans le temple
du Panthéon et que le récit de sa mort, encadrant
une gravure, serait envoyé à toutes les écoles de
France. Elle décréta de plus que, pour remplacer la
solde qu'il envoyait à sa mère, chargée de famille,
une pension annuelle de mille livres serait à titre
national accordée à cette mère.
L'héroïsme du jeune Barra fut d'ailleurs célébré
par tous les poètes et prosateurs de l'époque. C'est
son nom que l'on retrouve dans l'une des strophes, là
plus belle assurément, du Chant du départ :
De Barra, de Viala, le sort uous fait envie ;
Ils sont morts, mais ils ont vécu!
La petite ville de Palaiseau, glorieuse à juste titre
ÎS
SEINE-ET-OISE
d'avoir donné le jour à cet enfant, a fait e'riger sur
sa place principale un monument commémoratif de
l'acte d'héroïsme par lequel le jeune Barra entra dans
l'immortalité à un âge où tant d'autres ignorent en-
core la vie.
C. — ÉCRIVAINS ET SAVANTS
t.e Laboureur (1623-1C75).
L'historien Le Laboureur naquit à Montmorency.
Ayant dans sa jeunesse accompagné la maréchale de
Guébriant, envoyée comme ambassadrice extraordi-
naire en Pologne, il fit paraître à son retour une rela-
tion de son voyage. Il en prit le goût des travaux
historiques, écrivit l'histoire de son protecteur, le
maréchal de Guébriant, tué à Rothweill en 1643, et
fit suivre cette publication des Tableaux nobiliaires
des rois de France et des Pairs du Royaume. 11 tra-
duisit ensuite le célèbre manuscrit latin de l'abbaye
de Saint-Denis : Histoire de Charles VI, qui parut
en 1663. — Appartenant au clergé, il fut nommé,
en récompense de ses travaux, prieur de l'abbaye de
Juvigné-du-Mans.
Vaillant (Sébastien) (1669-1722).
^ Né à Vigny, près de Pontoise, Vaillant montra, dès
l'âge de cinq ans, un penchant décidé pour la bota-
nique ; mais son père, ne voyant pas où cette vocation
pourrait un jour mener l'enfant, préféra lui faire étu-
^ ■■^^^^■i
ÉCRIVAINS ET SAVANTS
20
dier la musique. Le petit Sébastien y fit de tels pro-
grès qu'à l'âge de douze ans, son maître étant mort,
il lui succéda dans son emploi d'organiste d'une
église de la ville.
En ses heures de loisir, il allait à l'hôpital assister
au pansement des malades. L'idée lui vint d'étudier
la chirurgie ; là encore il progressa si vite, qu'à
peine âgé de vingt ans, il put être envoyé comme
aide-chirurgien aux armées. 11 assista en cette qua-
lité à la bataille de Fleurus.
Venu à Paris après la paix, il alla entendre les
leçons de Tournefort, et tout son goût pour la bota-
nique se réveilla. Le maître le distingua promp-
tement et se l'attacha. Aux manœuvres militaires
de 1700, il fit la connaissance de Fagon, premier
médecin de Louis XIV, qui le choisit à son tour pour
secrétaire et pour aide et, quelques années après, lui
fit accorder la direction du Jardin Royal. Le Roi,
ayant ordonné d'y construire un amphithéâtre et un
jardin de pharmacie, Vaillant y disposa les sub-
stances des trois règnes, dans l'ordre où elles se
trouvent encore aujourd'hui.
Les cours de botanique qu'il faisait au JardinRoyal,
sous le nom alors usité de démonstrateur, étaient
suivis par un très grand nombre d'auditeurs. Les pre-
miers savants de l'époque y allaient assister.
En Ht 6, Sébastien Vaillant fut appelé à l'Acadé-
mie des sciences.
Ayant si complètement approfondi son étude des
plantes, il jugea le temps venu d'inaugurer enfin
sa propre méthode. Celle de Tournefort ne le satis-
faisait point. Il jeta les bases de la sienne, dans son
discours de 1717 à l'Académie : c'était la même que
30
SE1NE-ET-OISE
Linné a en, depuis, la gloire de développer, et qui
s appuie sur la division sexuelle des plantes.
Malheureusement la santé du savant professeur,
affaiblie par de fatigantes recherches et par de longs
travaux, ne lui permit pas d'être le fondateur de
l'Ecole : il n'en a été que le précurseur.
A sa mort, survenue en 1722, il laissa l'herbier le
plus complet et le mieux raisonné que l'on eût vu
jusqu'alors. Son grand ouvrage : le Botanicon pari-
siense, resta inachevé ; il fut terminé et publié depuis
par le savant hollandais Boerhaave.
^ Sébastien Vaillant ne laissa aucune fortune : à
l'honneur de sa mémoire, il ne vécut que pour la
science. Il aurait pu être riche. Fagon, qui, avons-
nous dit, l'avait protégé particulièrement, fut soigné
par lui pendant sa dernière maladie avec le plus en-
tier dévouement. Pourlui en témoigner sa gratitude,
il voulut lui faire obtenir les droits qu'il tenait de la
munificence de Louis XIV, sur le commerce des
Eaux minérales du Royaume : Vaillant refusa ce
don, qui l'eût enrichi comme il avait enrichi son
protecteur.
Saint-Simon (Le duc de) (1675-1755).
Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon, grand sei-
gneur de la cour de Louis XIV, naquit au château de
Versailles. Pair du Royaume, il appartenait à une
famille très ancienne, dont il a prétendu que l'ori-
gine remontait à Charlemagne. On a dit avec rai-
son de lui, qu'il était féru de noblesse.
C'est là ce qui gâte, en effet, non pas l'existence
même de l'homme, qui fut honnête en toute l'accep-
tion du mot, mais l'œuvre splendide que le trop aris-
■■■■—•—■■•■■■■
ÉCRIVAINS ET SAVANTS
3 1
tocratique duc et pair a léguée à la postérité. Nous
disons bien : à la postérité. On sait que. dans son tes-
tament, il spécifia formellement que ses Mémoires ne
devaient être publiés que soixante-dix ans au moins
après sa mort : ils ne virent le jour que quatre ans
même après ce long délai, c'est-à-dire en 1829,- — leur
auteur mourut octogénaire, en 1755. Il n'a pas, du
reste, dépendu de bien des gens, qui les redoutaient,
que cesMémoires ne parussent pas.
Sous le titre de vidame de Chartres , il entra
d'abord au service militaire, et il se distingua, quoique
fort jeune, aux batailles de Fleurus et de Nerwinde.
32
SE1NE-ET-0ISE
Croyant avoir à se plaindre d'un passe-droit, il donna
sa démission, et hérita bientôt des titres et char-es
de son père. &
Il épousa la fille du maréchal de Lorges et vint
alors prendre résidence à la Cour. Tout en y remplis-
sant avec une correction accomplie son rôle de cour-
tisan, il y montra des allures indépendantes gui mé-
contentèrent le roi. Celui-ci toutefois, par considé-
ration pour son caractère et surtout pour ses vertus
privées, n'osa jamais user de rigueur à son é°nrd
Vers l a f ln du règne de Louis XIV gaint g^
s attacha au duc de Bourgogne, et, après la mort de ce
prince au duc d'Orléans. Il contribua, par son activité
et son habileté, à lui faire accorder par le Parlement
a Régence absolue, contrairement aux dispositions
testamentaires du feu Roi. Aussi son crédit fut-il très
considérable sous la Régence. Ce fut lui qui reçut la
mission, en 1721, d'aller en Espagne y négocier le
mariage du jeune Roi avec la fille de Philippe V Ce
monarque l'accueillit avec distinction, et lui conféra
e titre de grand d'Espagne. Toutefois en butte après
la mort du Régent, à la haine du duc de Rourbon
devenu premier ministre, il vit tomber rapidement
son crédit, et s'éloigna de la. Cour. Retiré dans ses
terres, il employa le reste de son existence à la com-
position de ces merveilleux Mémoires qui ont été,
dans notre siècle, comme une résurrection de celui
de Louis XIV.
•Dans sa préface du Dictionnaire de l'Académie
édition de 1885, M. Villemain a déclaré Saint-Simon
« 1 incorrect, mais unique rival de Tacite et de fios-
suet». Cette appréciation de l'illustre critique est ri-
goureusement exacte. Le style des Mémoires est
ÉCRIVAINS ET SAVANTS
33
quelquefois négligé ; la phrase apparaît d'autres fois
enchevêtrée et demande à être suivie avec une atten-
tion qui fatigue, mais ces défauts disparaissent devant
la puissante originalité de l'œuvre. Saint-Simon,
soit qu'il ait les gens en amitié, soit qu'il les pour-
suive de son aversion, sait tracer leurs portraits dune
main magistrale ; quand il s'agit de les faire con-
naître à son lecteur, sa pensée devient rapide et con-
cise ; c'est par là qu'il se rapproche en effet de Tacite.
Dans l'appréciation des événements auxquels il a pris
part, ou qu'il a vus s'accomplir en spectateur silen-
cieux, comme dans le jugement à porter sur les
hommes, il montre en général plus de sévérité que
d'indulgence, mais ce jugement se trouve accompa-
gné de considérations élevées ou émues qui attei-
gnent souvent à la véritable éloquence, et c'est parla
qu'il procède aussi de Bossuet.
« Saint-Simon, — a écrit aussi Sainte-Beuve, —
est le plus grand peintre de son siècle. Jusqu'à lui,
l'on ne se doutait pas de tout ce que peut fournir
d'intérêt, de vie, de drame navrant et sans cesse
renouvelé, les événements, les scènes de la cour, les
revirements soudains, ou même le train habituel de
chaque jour, les déceptions ou les espérances se
reflétant' sur des physionomies innombrables dont
pas une ne se ressemble. Jusqu'à Saint-Simon, on
n'avait que des aperçus et des esquisses légères de
tout cela : le premier il a donné, avec toute l'infinité
des détails, une impression saisissante de l'ensem-
ble... Les peintres de cette sorte sont rares et il n'y
a même eu jusqu'ici, à ce degré de verve et d'am-
pleur, qu'un Saint-Simon. »
3 4 SEINE-ET-OISE
Foui-mont (Les frères) (1683-90 — 1743-46),
Natifs d'Herblay, les frères Fourmont comptent
parmi nos plus anciens orientalistes. L'aîné, Etienne
dit Fourmont l'aîné, acquit de son temps une réputa-
tion très grande par sa connaissance des langues étran-
gères et surtout par son érudition en cette matière
11 composa de remarquables travaux sur le chinois
notamment sa célèbre table des 214 clés de l écriture
chinoise, travaux dont les recherches plus faciles et
plus exactes de nos modernes ont naturellement
amoindri la valeur.
Son frère, Yabbé Fourmont, professeur de syriaque
au Collège de France, fut chargé d'aller recueillir en
Grèce un certain nombre de manuscrits anciens. On
fut obligé de le rappeler cinq ans plus tard, sous
1 incuipahon d'en avoir détruit un certain nombre
par pure bêtise, autrement dit par excès de dévotion.
I>e Guignes (Joseph) (1721-1800).
Elève du précédent, Joseph de Guignes naquit à
Pontoise. - Il a laissé une Histoire générale des
Huns, Turcs, Mongols et Tartares, où la critique his-
torique fait défaut, mais qui est remarquable par le
nombre et l'érudition des recherches, la plupart très
exactes : celles notamment où il établit que les carac-
tères hébraïques et les lettres grecques dérivent de
1 égyptien ; mais il se trompa en voulant attribuer la
même origine à l'écriture chinoise. Il avait été induit
en cette erreur par le travail, cité plus haut, de Four-
mont l'aîné.
«uênée (Antoine) (1717-1800).
Originaire d'Etampes, Guénée fut membre de
ÉCRIVAINS ET SAVANTS
3 5
l'Académie des Inscriptions et Belles-Leltrcs. Son
nom est surtout resté connu par la publication d'un
livre, assez souvent imprimé, et qui a pour titre :
Lettres de quelques Juifs portugais, allemands et po-
lonais à M. de Voltaire, avec un petit commentaire
à l'usage d'un plus grand. Ces lettres sont écrites
avec une habileté, dans le genre plaisant, presque
égale à celle du maître. Voltaire y répondit par son
écrit intitulé : Un Chrétien contre six Juifs.
Potnsinet de Sivry (Louis) (1733-1804).
Cet écrivain du xvin e siècle a composé des tragédies
que le critique Palissot, son beau-frère, affirma être
celles qui se rapprochaient le plus de celles de Ra-
cine. Malgré celte appréciation bienveillante, elles ne
firent pas la fortune de leur auteur, qui la chercha en
s' essayant un peu dans tous les genres : poésie légère,
traduction d'Anacréon, traités de politique, recher-
ches numismatiques, traductions de Pline, d'Aristo-
phane et d'Horace, et enfin abrégé d'histoire romaine
en vers. — Beaucoup d'essais, comme on voit, chez
cet enfant de Versailles.
Richard (Louis-Claudej (1784-1824).
Ce botaniste était le fils d'un jardinier du Roi. Il
refusa d'embrasser la carrière ecclésiastique, afin de
pouvoir se consacrer exclusivement aux découvertes
des sciences naturelles. Ayant obtenu pension sur la
cassette royale, il se rendit, de 1781 à 1789, aux
Antilles et dans la plupart des possessions françaises
de l'Océan Atlantique ; il en revint avec de nom-
breuses et intéressantes collections. Abandonné pen-
dant la Révolution, il fut signalé plus tard à l'atten-
36
SE1NE-ET-01SE
tion du premier Consul, qui lui fit donner une chaire
de botanique, et ne tarda pas à l'appeler à l'Institut.
La plupart de ses travaux ont paru dans les Annales
du Muséum. Richard a laissé la réputation d'un savant
consciencieux, d'un observateur attentif, qui a fait
beaucoup pour le progrès de la science à laquelle il
s'était attaché.
Ducis (Jean-François) (1733-1816).
Le poète Ducis naquit à Versailles : il remplaça
Voltaire à l'Académie française. C'est là son plus
beau titre : son remarquable discours de réception en
est un autre, mais ce ne sont pas les seuls.
D'une famille originaire de la Savoie, il conserva
toute sa vie la plus grande simplicité dans son genre
d'existence. Après avoir fait ses études au collège de
Versailles, il entra, sous le maréchal de Belle-Isle,
comme employé dans les bureaux de la guerre. Puis,
à l'instar de tous les lettrés ou poètes du xvm" siècle,
il débuta par une tragédie qui n'obtint aucun succès.
Ce fut alors qu'il se résolut à transporter sur la scène
française ces imitations infidèles de Shakespeare, qui
ont établi sa renommée parmi ses contemporains. Il
fit jouer successivement Hamlet, Roméo et Juliette,
le roi Lear, Macbeth et Othello. Cette dernière pièce,
interprétée par Talma, obtint le succès le plus vif.
Entre temps, il donna des imitations du théâtre grec
et notamment des pièces de Sophocle.
Ducis ne prit et ne voulut prendre aucune part aux
grands événements de son temps; aussi put-il tra-
verser celui de la Révolution sans être inquiété.
Napoléon, qui aimait son talent et qui estimait
l'homme, eut l'idée de l'appeler au Sénat de l'Empire,
ECRIVAINS ET SAVANTS
37
et, sur un premier refus, le désigna pour la Légion
d'honneur. Ducis refusa de nouveau, invoquant la
nature de son caractère et de ses idées. « Je suis,
disait-il,, catholique et républicain, poète et solitaire;
ce sont là des éléments qui ne se peuvent concilier
avec la recherche des faveurs et des places. » — Il
ajoutait encore : « Il y a dans mon âme, douce par sa
nature, quelque chose d'indompté qui voudrait briser,
rien qu'à leur vue, les chaînes misérables de nos ins-
titutions humaines. » Il conserva jusqu'à la fin son
naturel simple, composant de petites pièces de vers
qu'il adressait successivement à sa maison, aux dé-
tails du paysage qui l'entourait.
Il est vrai que cette croix de la Légion d'honneur,
que Ducis refusa de Napoléen I er , il l'accepta plus
tard de Louis XVIII; mais celui-ci, en regard de
celui-là, faisait à Ducis l'effet d'un libérateur.
On voit, dans sa correspondance, qu'il avait pres-
senti, dès la rupture du traité d'Amiens, ce que l'am-
bition démesurée de Bonaparte allait coûter de
liberté aux conquêtes de la Révolution et de sang à
l'humanité. Il en conçut de l'aversion pour tout ce
qui exalte la gloire des armes, à commencer par
l'Iliade, l'ouvrage qu'il avait le plus aimé dans sa
jeunesse. Quand il connut les résultats de la guerre,
non par les récits des poètes, mais par ceux des mili-
taires les plus braves et les plus sincères, il conclut
que les conquérants doivent être rangés parmi
les fléaux de l'humanité.
Sous le rapport du mérite littéraire, on doit à Ducis
d'avoir popularisé en France le plus grand poète dra-
matique anglais, non pas en le dénaturant systéma-
tiquement, mais en se conformant au goût de son
3
3 8
SE1NE-ET-0ISE
temps. Ce goût se trouvait formulé par les vives cri-
tiques de Voltaire. Malgré le caractère incomplet de
ses traductions, Ducis appréciait beaucoup mieux
que Voltaire les grands côtés de Shakespeare, car il
avait placé dans son cabinet de travail, entre les por-
traits de son père et de sa mère, le buste du grand
William, etne manquait pas, chaque année, à la Saint-
Guillaume, de l'entourer d'un cadre de verdure.
miiot de Melito (André-François, comte) 1761-
1841).
Miot de Melito naquit à Versailles. Entré fort
jeune au service de l'administration militaire, il s'y
trouvait commis principal de direction au début de
laRévolution. En 1793, il fut nommé secrétaire gé-
néral au département des affaires étrangères dont il
reçut le portefeuille à la chute de Robespierre. En
179S, envoyé comme ministre plénipotentiaire de la
République en Italie, il y traita supérieurement plu-
sieurs affaires, mais se rendit suspect au Directoire
par ses ménagements pour les comtesses de Provence
et d'Artois. C'était au moment des menées royalistes
à Paris. Se jugeant ou se croyant compromis, Miot se
réfugia en Hollande, d'où Ronaparte, après le 18 bru-
maire, le fit revenir pour le nommer commissaire
ordonnateur des guerres, membre du Conseil d'Etat
lors de la création de ce corps, et lui confier la déli-
cate'mission de reviser la liste des émigrés. Miot prit
ensuite une part active à la discussion des Codes.
Sous l'Empire, Joseph Ronaparte, devenu roi de
Naples, l'ayant attaché à sa personne, il le suivit,
l'accompagna ensuite en Espagne et n'en revint
qu'avec son protecteur.
ÉCRJVAINS ET SAVANTS 39
A la Restauration, qui lui enleva tous ses emplois,
Miot ne s'occupa plus exclusivement que de belles-let-
tres. Aussi entra-t-il à l'Académie des Inscriptions.
On a de lui des traductions très estimées d'Hérodote
et de Diodore de Sicile. — Ce sont ses Mémoires par-
ticuliers, publiés sous le second Empire, écrits d'un
bon style et avec une impartialité louable., qui ont
inauguré la série de ces publications de Mémoires
sur le Consulat, l'Empire et la Restauration, qui n'ont
cessé de paraître depuis. Ces Mémoires, en général,
restent bien inférieurs à ceux du comte Miot de
Melito.
lie .louy (Victor-Joseph-^/enne) (1764-1846).
De Jouy préluda, dans sa jeunesse aventureuse, aux
exercices de la plume par celui de l'épée. Dès l'âge
de 17 ans, il servait dans les troupes de la Guyane
française. On le retrouve plus tard sous-lieutenant
d'artillerie aux Indes orientales.
Rentré en France en 1790, il fut nommé capitaine
à l'armée du Nord, y fit un chemin très rapide et
se trouva comme adjudant général de Hoche à la prise
de Furnes; mais, soupçonné et accusé de royalisme,
il quitta l'armée pour se réfugier en Suisse. 11 revint
en France après la Terreur et renonça à la carrière
militaire, où une destinée brillante l'attendait peut-
être, afin de se consacrer exclusivement aux lettres.
Dès lors, il se montra d'une fécondité rare. Dans la
disette d'écrivains due au système impérial, de Jouy
put établir facilement sa réputation. La première Res-
tauration trouva en lui un enthousiaste, et, en 181 o,
l'Académie française, se sentant plus libre, lui ouvrit
ses portes. Toutefois, les exagérations de la Chambre
40
SEINE-ET-OISE
introuvable ne tardèrent pas à le jeter dans l'oppo-
sition libérale. Il combattit le Ministère avec assez de
vivacité pour être l'objet de poursuites judiciaires ;
il s'attira môme une condamnation à trois mois d'em-
prisonnement : aussi adhéra-t-il à la fameuse protes-
tation qui amena la Révolution de Juillet. Nommé
immédiatement, maire de Paris, il remplit ces fonc-
tions jusqu'à l'avènement de Louis-Philippe. Le nou-
veau roi lui donna, quelques jours après, la charge
de bibliothécaire du Louvre.
La réputation de M. de Jouy fut de son vivant
très grande, moins en raison de son talent d'écrivain,
remarquable cependant, qu'à cause de son esprit
libéral et de la façon toute française dont il entendait
et pratiquait l'opposition. Il s'essaya dans tous les
genres, et favorisé par sa renommée de libéralisme,
il obtint partout des succès. C'est ainsi que sa tragé-
die de Si/lia, joué en J 824, eut quatre-vingts repré-
sentations, chiffre extraordinaire pour l'époque. Le
"caractère du principal personnage de cette œuvre est
celui d'un Sylla prêtant à toutes les allusions contre
Napoléon. Ces allusions, rendues par le grand tragé-
dien Talma, furent pour beaucoup dans le succès de
l'ouvrage.
M. de Jouy travailla aussi pour le genre comique
et pour l'opéra. Il a laissé des comédies et des vaude-
villes, presque tous représentés. C'est à lui que l'on
doit les livrets de Femànd Corlez, musique de
Spontini; les Amazones, musique de Méhul; les
Abenceragss, musique de Chérubini ; Moïse et Guil-
laume Tell, musique de Rossini. Mais son bagage le
plus méritant est représenté par la réunion de ses
articles de journaux : l'Ermite de la Chaussée
ÉCRIVAINS ET SAVANTS
41
(TAntin, qui fut lu non seulement en France, mais
dans l'Europe entière.
C'est à propos de cet ouvrage, et à cause de la
facilité de l'auteur à travailler dans tous les genres,
que les contemporains de M. de Jouy ont cru pouvoir
le comparer à Voltaire. Par analogie, l'on se plut à
citer chez lui la poésie, la force et l'invention tragique
en môme temps que le tour d'esprit et la fine ironie.
Comme poète et comme prosateur, il eut en effet de
l'invention et de l'esprit, mais jamais ce style plein
de force auquel a su s'élever Voltaire. Tandis que les
observations philosophiques de celui-ci roulent sur
le fond môme de la nature humaine, celles de Jouv,
qui charmaient tant ses contemporains, ne portent
que sur les traits fugitifs de la vie extérieure, que l'on
oublie devant ceux qui leur succèdent.
Néanmoins ou ne saurait contester que M. de Jouy
doit occuper une place trèshonorable parmi ceux qui
ont été, de son temps et avec lui, les champions des
idées libérales.
Geoffroy Saint-Hilaire (Etienne) (1772-1841).
L'une des gloires du Muséum d'histoire naturelle,
et pour bien dire, une des gloires de la France, Geof-
froy Saint-Hilaire appartenait à une famille honora-
ble d'Etampes, qui a donné, dans le cours du xviii siè-
cle, trois membres à l'Académie des sciences. L'un
d'eux, Etienne-François Saint-Hilaire, a eu son
Eloge prononcé par Fontenelles, comme auteur de
la Table des AHinités chimiques. Il y a des familles
que l'on peut citer en exemple ; elles font honneu
notre pays.
Etienne Geoffroy fut d'abord destiné à la prôfô&e,
42
SEINE-ET-OISE
mais le goût du jeune homme était ailleurs ; il sup-
plia son père de le laisser s'inscrire parmi les élèves du
Jardin des Plantes et du Collège de France. Il eut le
bonheur d'entrer en rapports suivis avec le célèbre
Haiïy, et d'inspirer, par son ardeur pour la science,
un grand sentiment de bienveillance à Daubenton.Ce
maître se l'attacha en qualité de garde et démonstra-
teur de son cabinet.
Losque la Convention, par un décret que prépara
Lakanal, créa douze chaires au Muséum, Geoffroy
Saint-Hilaire en reçut une, comme officier du Jardin
des Plantes. C'était celle de zoologie, et le titulaire
avait à peine 21 ans. Dans la partie qui lui était dévo-
lue, tout se trouvait à faire; le jeune savant se mit à
l'œuvre avec activité. En peu de temps, la ménagerie
fut établie, et les collections, revues avec soin, se
renouvelèrent ou se complétèrent. Grâce à lui, la
science du temps reçut enfin son temple.
Au commencement de 1798, Berthollet vint un
matin au Muséum dire à Saint-Hilaire : « Nous al-
lons en Egypte; Monge et moi serons vos compa-
gnons, Bonaparte est notre général. » Confiant dans
l'avenir que lui présageaient ces noms glorieux,
Geoffroy quitta ses paisibles travaux et sa demeure
si tranquille du Jardin des Plantes.
Cette expédition d'Egypte fut un des brillants épi-
sodes de la carrière de Geoffroy Saint-Hilaire. On sait
qu'elle se termina surtout à la gloire de la science
française, mais ce que l'on' sait moins, c'est que les
richesses recueillies par la Commission scientifique
seraient tombées aux mains des Anglais, sans la cou-
rageuse attitude de notre savant. En effet, l'article 16
de la capitulation signée par Menou les leur altri-
ÉCRIVAINS ET SAVANTS
4 3
buait. La Commission, qui naturellement n'avait pas
pris part à la convention militaire, ignorait ce qui la
concernait. Quand elle l'apprit, elle en fut au déses-
poir, et se rendit près du général anglais. Celui-ci la
reçut poliment, mais déclara que l'article qui la con-
cernait serait exécuté comme tous les autres.
Ce fut alors, — dit un historien de l'expédition —
que, par un élan courageux, une inspiration énergi-
que, Geoffroy Saint-Hilaire sauva une partie que tout
le monde considérait comme perdue : — « Non,
« s'écria-L-il, nous n'y obéirons pas. Votre armée n'en-
« tre que dans deux jours dans la place. Eh bien!
« d'ici là, le sacrifice sera consommé. Nous brûlerons
« nous-mêmes nos richesses ; mais comptez sur les
« souvenirs de l'histoire : c'est vous qu'elle accusera,
« c'est vous qui aurez brûlé une seconde bibliothèque
« d'Alexandrie. »
La patriotique indignation de Saint-Hilaire pro-
duisit un effet magique. Le général anglais, vivement
ému, se remémora la réprobation qui pèse encore,
après douze siècles, sur la mémoire d'Omar. Il an-
nula l'article 16 de la capitulation. Ce fut le dernier
événement de l'Expédition d'Egypte, si brillante au
début, si triste à la fin, mais qui, grâce à l'un de nos
savants français, se termina au moins par un souvenir
de gloire nationale.
Quand le premier Consul créa la Légion d'bonneur,
il dut se le rappeler, car le nom de Geoffroy figura sur
sa première liste, et il le fit mander pour lui remettre
lui-même cette croix, alors si enviée.
L'Expédition d'Egypte, en changeant le cours
des travaux habituels de Geoffroy Saint-Hilaire, ne
changea rien à la direction de ses idées. Dès avant son
.&<
•14
SEINE-ET-OISE
f i
départ, il avait entrevu, parmi les grandes questions
de l'histoire naturelle, la fixation delà plus vaste et
de la plus complexe qui puisse y être soulevée : celle
de l' Unité de composition organique, laquelle a rem-
placé la doctrine de l'Echelle des êtres, admise alors
universellement. Pourtant, la théorie qui allait faire
école, se rattachait à l'idée de l'uniformité d'organi-
sation indiquée par Newton dans son immortel livre
de Y Optique, mais cette idée était tombée dans l'oubli
jusqu'au jour où Laplace vint à l'Institut dire à son
contrère Geoffroy: « Vous pensez entièrement comme
Newton. »
Ce fut en 1806 que notre savant aborda, cette fois
pour ne plus s'en écarter, la vérification scientifi que
le développement, la démonstration de ce qui jusque-
là n'avait été chez lui qu'un pressentiment, une con-
viction personnelle et intime. Tel se présente, à partir
de cette année 1806, l'invariable caractère de ses tra-
vaux, dirigés tous vers le même but avec une persé-
vérance sans exemple peut-être dans / l'histoire des
sciences depuis l'immortel Kepler. Mais au moment
où il poursuivait avec le plus d'ardeur ses recherches,
il se vit appelé à reprendre la vie de voyageur à
laquelle il croyait avoir dit pour jamais adieu.
Napoléon venait de proclamer la déchéance de la
maison de Bragauce, et Junot avait envahi et occupé
le Portugal. L'honneur voulut qu'un naturaliste
s'y rendit pour explorer des richesses scientifiques,
vantées partout depuis longtemps. Les souvenirs de
l'expédition d'Egypte désignaient Geoffroy Saint-Hi-
laire pour cette mission, que l'on étendit aux lettres et
aux arts, en y attribuant des pouvoirs presque illimités.
Geoffroy n'était pas homme à en abuser. Quand il
ÉCRIVAINS ET SAVANTS
4 3
aurait pu facilement enrichir nos musées aux dépens
du Portugal, il se posa pour règle de conduite cette
maxime : Les sciences ne sont jamais en guerre.
11 voulut que sa mission, utile à la France, le fût
également au Portugal. Il lit préparer plusieurs caisses
d'objets d'histoire naturelle, et notamment de miné-
raux, destinés à remplacer dans les collections de Lis-
bonne les productions du Brésil, si rares alors et si
précieuses, dont celles-ci étaient remplies. De plus,
il détermina les espèces et introduisit dans toutes les
collections qu'il y laissa un ordre méthodique inconnu
jusque-là. Il trouva le moyen, par ces procédés,
d'enrichir la France par le Portugal et le Portugal
par la France. Aussi lorsque plus tard, en 1815, la
France envahie pour la seconde l'ois eut la douleur de
voir ses Musées dépouillés par les envahisseurs, le
Portugal se tut et seul ne réclama rien.
Geoffroy Saint-Hilaire était à peine revenu et
remonté dans sa chaire du Muséum, que le décret,
établissant la Faculté des sciences de Paris, l'appelait
à devenir le premier titulaire de la chaire de zoologie :
il l'occupa paisiblement jusqu'en 1815.
Elu, aux Cents- Jours, représentant par ses conci-
toyens d'Etampes, il dut quitter la science pour la
politique. A la seconde occupation de Paris.il fut
l'un des énergiques députés qui, trouvant les portes
de la Chambre fermées par" un détachement prussien
et voyant ainsi l'Assemblée dissoute par la force, se
réunirent chez leur vice-président, afin de protester
contre la violence exercée sur la représentation na-
tionale. La crise passée, le citoyen courageux fit
de nouveau place au savant : il se confina dans son
cabinet de travail; c'est là qu'il pouvait le mieux
3.
46
SEIN'E-ET-OISE
servir son pays. — Toutefois, quand éclata la Révo-
lution de 1830, il ne put qu'y applaudir : il vit en elle,
et ce fut sa propre expression, « le rétablissement de
l'action interrompue de nos libertés nationales ».
Mais plus il était sympathique à la Révolution de Juil-
let, plus il la voulait pure de tout excès, surtout
d'un excès sanglant. Et ce fut lui qui cacha dans son
domicile, du 31 juillet au 14 août, après la mise à sac
du palais de Notre-Dame, l'archevêque de Paris, M. de
Quelen, à qui on attribuait, avec raison d'ailleurs,
d'avoir participé, en les conseillant, aux résolutions
funestes qu'avait voulu prendre Charles X.
De 1815 à 1840, vingt-cinq années de la vie labo-
rieuse du savant, de cette vie qu'il doublait par le tra-
vail de ses nuits, sont presque remplies par des
études spéciales de zoologie, et trois ouvrages étendus,
avec plus de soixante monographies ou notices, suc-
cessivement publiés, sont les résultats de cette inces-
sante activité. Dans les trois ouvrages précités, se
trouve celui qui eut tant de retentissement dans la
science : Principes de la philosophie zoologique.
La publication de cet ouvrage amena, entre Geof-
froy Saint-Hilaire et le grand Cuvier, une polémique
à laquelle s'associa l'Europe savante tout entière. Il
y avait des années que les deux illustres profes-
seurs ne se trouvaient plus en communauté d'idées;
l'apparition du livre de Geoffroy donna entre eux
le signal de la lutte. Ce fut Cuvier qui la commença,
dans des leçons que reproduisit la presse. Geoffroy
soutint brillamment l'attaque, et il l'emporta enfin
dans la superbe exposition de ses théories sur l'Unité
de composition organique, sur la Variabilité des
espèces, sur la Succession des êtres organisés, et
ECRIVAINS ET SAVANTS
47
enfin sur les Causes finales. D'un génie pleinement
comparable à celui de son puissant adversaire, il joi-
gnait, de même que lui, à la profondeur synthétique
du philosophe, une science incontestable d'anato-
miste, ce qui lui permettait de ne rien avancer par
hypothèse, mais d'affirmer en invoquant ou fournis-
sant la preuve .
Après la mort presque soudaine de Cuvier, son
ami Geoffroy Saint-Hilaire (il était resté son ami)
reprit et continua ses travaux pendant huit ans
encore, mais un jour fatal survint où il fut forcé de
les interrompre. En 1840, un matin, l'illustre maître
s'aperçut qu'il ne pouvait plus lire. Il était frappé
par le plus grand malheur qui puisse s'abattre sur un
naturaliste : il se trouvait aveugle. La cécité n'était
point un mal inattendu pour lui. Atteint, pendant
son séjour en Egypte, d'une ophtalmie violente, il
était resté vingt-neuf jours privé de la lumière. Aussi
disait-il souvent : « Je redeviendrai aveugle dans ma
vieillesse. »
L'année suivante, en 1841, il quitta donc cette
chaire du Muséum où il avait eu l'honneur d'inaugu-
rer en France, quarante-sept ans auparavant, l'en-
seignement de la zoologie. Mais en renonçant à con-
tribuer aux progrès de la science, il ne voulut pas
renoncer à les suivre. Il se plaisait à assister, non
seulement aux séances de l'Académie des sciences,
mais souvent aussi aux leçons de ses collègues du
Muséum. Qui n'eût été touché de le voir écouter,
avec indulgence et attention, ceux qui autrefois
l'écoutaient avec respect !
C'est ainsi qu'il se préparait à quitter cette terre
où il avait passé, découvrant la vérité et pratiquant
48
SEINE-ET-OISE
le bien. Sa sénérité ne fut jamais troublée. Lui, d'un
caractère naturellement si ardent et si vif, il sup-
porta avec une inaltérable résignation toutes les in-
firmités que la vieillesse apportait avec elle, et c'est
lui qui consolait les autres de ses souffrances. « Je
suis aveugle, disait-il, mais je suis heureux!» Sur
son lit de douleur, a écrit M. Dumas, toutes ses pa-
roles respiraient la bienveillance et la satisfaction
intérieure. Ses mains recherchaient toujours ses pro-
ches ou ses amis, pour les remercier et les bénir. —
Son âme s'affaissait sans trouble, calme et souriante,
et sa fin ressemblait au soir d'un beau jour.
Le 19 juin 1844, après avoir raconté aux siens que,
pendant toute la nuit, il s'était promené dans les
prairies et les bois des environs d'Etampes, théâtre
de ses jeux d'enfance, Etienne Geoffroy Saint-Hilaire
s'éteignit doucement, le sourire aux lèvres. Il avait
un peu plus de 72 ans.
Sur la place du théâtre d'Etampes, sa ville natale,
une statue de marbre, de magistrale exécution, a
été érigée en 1857 avec le produit d'une souscription
nationale. Jamais souscription de ce genre ne ré-
compensa plus noble existence.
Rigault (A. Hippolyte) (1821-1868).
Né à Saint- Germain. A sa sortie de l'Ecole nor-
male supérieure, il fut chargé de l'éducation de l'un
des Tprinces d'Orléans, et suivit, un moment, cette
famille en Angleterre après le 14 février. Revenu
en 1849, il débuta dans les lettres par une brillante
étude sur la poésie lyrique latine, et devint, en 1853,
à une époque particulièrement difficile pour les jour-
nalistes, rédacteur du Journal des Débats. Dans une
I
ARTISTES, INVENTEURS, INDUSTRIELS
49
série d'articles intitulés : les Jouets d'enfant, l'Exposi-
tion des sauvage*, il réussit à montrer comment il est
possible de résister à l'arbitraire, quand il comprime
l'intelligence, de présenter les pensées sérieuses sous
des formes enjouées, et de quelle façon la critique,
même la plus'mordante, peut être dissimulée sous la
variété des tons. Ayant achevé et soutenu sa thèse
pour le doctorat, il fut nommé par le gouvernement
impérial suppléant de la chaire de littérature au Col-
lège de France et, quelque temps après, invité à
choisir entre sa suppléance et sa rédaction aux Débats.
Rigault n'hésita pas. 11 renonça à la brillante carrière
que l'on avait habilement ouverte devant lui, revint
à son cher journal, et, donnant à ces commentaires'
futiles appelés chroniques de quinzaine un esprit nou-
veau, il y commença ces attrayantes revues où il sut
si bien conserver le tact et la mesure, tout en s'atta-
chant de plus en plus à la défense des traditions libé-
rales. Il mourut avant que l'Académie française eût
pu lui accorder un de ses fauteuils, ainsi qu'elle
avait fait pour son brillant confrère Prévost-Paradol.
.
•m
I
D. — ARTISTES, INVENTEURS,
INDUSTRIELS
Robert de Luzarches.
Architecte du xm e siècle, Robert de Luzarches
traça et dessina le plan de l'une des plus belles cathé-
drales de France : celle d'Amiens, dont il posa les
i
50
SE1NE-ET-OISE
fondements en 1220. Il n'en vit pas achever la cons-
truction, mais il eut pour lui succéder Thomas de
Cormont et son fils qui, n'ajoutant au plan primitif
que les chapelles latérales de la nef, édifièrent cette
œuvre merveilleuse que caractérisent à la fois l'unité
de style, la régularité d'ensemble et l'harmonie des
détails.
L'étude qu'ils ont pu faire, et qu'ils ont assurément
faite de Notre-Dame d'Amiens a exercé la plus grande
influence sur les architectes du moyen âge, et c'est
avec raison qu'un de nos antiquaires a pu donner
aux cathédrales de Beauvais et de Mantes, de Bayonne'
et de Narbonne, et même à celle de Cologne, le nom
de filles de la cathédrale d'Amiens.
La gloire de l'enfant de Luzarches, Robert, archi-
tecte de ce merveilleux édifice, n'est donc pas encore
près de tomber en oubli.
Le Mercier (Jacques) (1595-1654).
Voici un génie de même genre. Enfant de Pontoise,
Le Mercier s'exerça d'abord dans la gravure, mais ne
tarda pas à s'adonner à l'architecture, où il acquit
une grande et légitime réputation.
Richelieu lui ayant confié le soin d'achever le
Louvre, notre architecte lui soumit un plan complet
qui fut agréé, mais exécuté en partie seulement par
la construction du pavillon de l'Ouest. Le Cardinal,
ayant entrepris d'édifier la Sorbonne et de construire
le Palais-Royal, chargea Le Mercier de ces travaux.
Après la mort du Cardinal, Le Mercier remplaça
Mansart dans la direction de ceux du Val de Grâce,
et fut appelé à construire l'Oratoire du Louvre. Il
fournit aussi les plans de l'église Saint-Roch.
ARTISTES, INVENTEURS, INDUSTRIELS
51
Outre ces grands et remarquables édifices, Lemer-
cier a construit l'église de l'Annonciade à Tours,
réédifié le château de Richelieu, et fait établir enfin
l'escalier en fer qui se trouve au château de Fontai-
nebleau, au fond de la cour du Cheval blanc.
Comme on le voit, cet architecte a été l'un des
premiers de son siècle; il faut noter qu'il avait
séjourné longuement à Rome, au temps de sa jeu-
nesse, afin d'y étudier son art.
Oberkampf (Christophe-Philippe) (1738-1815).
Bien que d'origine allemande, le célèbre manu-
facturier, qui fit la fortune de la partie du dépar-
tement de Seine-et-Oise où il s'alla fixer, et qui créa
lune des branches de l'industrie française, mérite
pleinement d'être admis au nombre des illustrations
de Seine-et-Oise.
11 vint à Paris très jeune. Fils d'un teinturier qui
s'était fixé en Suisse, à Arau, il apporta chez nous
des connaissances acquises dans la maison paternelle,
et inconnues dans notre pays, sur l'art de fabriquer
les toiles peintes.
Cet art n'élait pas nouveau ; dans les temps anti-
ques, les Egyptiens le connaissaient et l'appli-
quaient. L'introduction en France du procédé de
fabrication fut un bienfait d'Oberkampf, qui non
seulement le naturalisa, mais sut lui donner un
degré de perfection supérieur à ce qu'on avait connu
jusqu'à lui.
Ayant économisé un très modeste capital de quatre
à cinq cents francs, il alla s'établir dans une petite
maison de la vallée déserte de Jouy-en-Josas, où, Jout
seul, il exécuta le dessin, la gravure, l'impression
5 * SEINE-ET-OISE
et la teinture de ses toiles. Ses travaux attirèrent
la curiosité de la Cour de Versailles, qui mit à la
mode les produits du jeune fabricant. De la Cour,
cette mode s'étendit bientôt à la ville, à la province,'
et même à l'étranger. Dès lors, les commandes af-
fluant, Oberkampf dut recruter des ouvriers. En trois
années, le territoire désert de Jouy en reçut plus de
quinze cents, qui s'y fixèrent définitivement.
Louis XVJ, comme autrefois Louis XIV aux ver-
riers de Rothau, envoya à l'artisan étranger des lettres
de noblesse conçues en termes flatteurs, et qui luicon-
féraient, selon l'usage, le plein droit de cité ou la na-
turalisation. Le régime de la Terreur vint arrêter son
œuvre, qu'il ne put reprendre que sous le Consulat ;
mais alors il la poursuivit avec une telle ardeur, que
ses recherches pour la fabrication s'étendirent non
seulement à l'Allemagne et à l'Angleterre, mais jus-
qu'à l'Inde, où il envoya des agents secrets pour y
pénétrer le secret des vives couleurs. Aussi Napo-
léon, qui ne se trompait pas sur la valeur des hom-
mes, voulut-il le faire entrer dans le Sénat du nou-
vel Empire. Le manufacturier de Jouy-en-Josas ayant
décliné cet honneur, l'Empereur se rendit auprès
de lui, et, détachant de sa poitrine sa propre croix,
il décora Oberkampf en lui disant : « Tous les deux,
Monsieur, nous faisons bonne guerre aux Anglais,
mais c'est encore vous qui faites la meilleure. »
Le nouveau légionnaire, pénétré de reconnais-
sance, fonda la manufacture d'Essonnes, sur le
modèle de laquelle on a, depuis, établi en France
tous les établissements similaires.
Malheureusement, il eut à subir le contre-coup des
revers de la période impériale; les invasions de 1814
ARTISTES, INVENTEURS, INDUSTRIELS
53
et 1815 portèrent l'épéé d'un vainqueur furieux jus-
que dans la vallée de Jouy. L'inaction et le chômage
forcé s'établirent dans les vastes ateliers, et la popu-
lation, qui en avait tiré son bien-être pendant près
d'un demi-siècle, tomba dans le dénûment et la
misère. Celui qui, pendant ce demi-siècle, avait été
son bienfaiteur et son maître, ne put résister à ce
spectacle : « Tout cela me tue, disait-il, j'aimerais
mieux, d'ailleurs, n'y pas survivre. » Et en effet, le
4 octobre 1813, il expira, laissant dans l'âme de tous
ceux qui l'avaient connu un souvenir qui allait jus-
qu'à la vénération.
Le Conseil municipal de Paris a voulu honorer
la mémoire d'Oberkampf en donnant son nom
l'une des grandes rues habitées par la population
ouvrière.
Houdon (Jean-Antoine) (1741-1828).
Houdon naquit à Versailles : il passe à juste titre
pour le plus grand sculpteur du siècle dernier. Très
avantageusement doué sous le rapport des facultés
artistiques, il étudia la sculpture à l'école des
Beaux-Arts, d'où il fut envoyé en Italie après avoir
obtenu le grand prix.
Il y prolongea son séjour pendant dix ans, dési-
reux qu'il était de s'initier complètement aux secrets
de la sculpture antique et de la moderne. C'est à
Rome qu'il produisit ses statues de Saint Jean de
Latran et de Saint Bruno.
Revenu en France, avec la réputation que lui avaient
acquise ces deux œuvres de premier ordre, il fut
chargé d'exécuter les bustes de presque tous les
hommes célèbres de son temps, ceux notamment de
54
SRINE-ET-OISE
Voltaire, de Rousseau, Buffon, Diderot, d'Alembert,
Franklin et Molière. L'impératrice Catherine voulut
également être représentée par son ciseau. Vers la
fin du siècle, les Américains ayant résolu de consa-
crer, par un monument célèbre, la mémoire du libé-
rateur de leur patrie, Washington, firent demander
au sculpteur français de venir à Philadelphie pour
exécuter ce monument.
Houdon, à son retour en France, fut nommé pro-
fesseur à l'Académie des Beaux-Arts. C'est alors
qu'il exécuta, pour l'instruction de ses élèves, cette
savante et patiente étude de VEcorché, qui montre à
nu la structure musculaire du corps humain.
ARTISTES, INVENTEURS, INDUSTRIELS
55
La partie du palais du Louvre édifiée par l'archi-
tecte Le Mercier, est consacrée de nos jours à la
sculpture française. Là se trouve la salle Houdon, et
l'on y voit tout ce que l'Etat possède du grand
artiste : d'abord sa Diane chasseresse, considérée
comme un des chefs-d'œuvre de la statuaire fran-
çaise, et, d'après un usage du temps, son morceau
de réception à l'Académie des Beaux-Arts, Morphée,
auquel, malheureusement, il manque une moitié de
jambe.
Les bustes qui sont là représentent : Voltaire à
son retour à Paris (84 ans); J.-J. Rousseau, Diderot,
tabbê Aubert, Gluck, Buffon, Mirabeau, Washington
et Franklin. Ce dernier est véritablement admirable.
— Outre le buste de Voltaire, Houdon a exécuté une
statue du grand écrivain, dont l'original en plâtre
est à la Bibliothèque nationale, et le marbre au foyer
de la Comédie-française.
Kreutzer (Rodolphe) (1766-1831).
Né à Versailles et fils du maître de chapelle du
Roi, Kreutzer étudia la musique sous la direction
première de son père et cultiva le violon, sur lequel
il acquit une supériorité qui le fit d'abord remarquer.
Obéissant également à un goût prononcé pour la
composition, il écrivit des partitions et mit en musi-
que des romances dont la plus célèbre : Lodoïska,
fut longtemps populaire. — Après la Révolution, il
fut nommé maître de la chapelle impériale, fonction
qu'il dut échanger, à la Restauration, contre celle de
premier violon du Roi. Nommé, en 1817, chef d'or-
chestre à l'Opéra, il composa pour cette scène plu-
sieurs ouvrages, dont Aristippe et Pharamond. Il
56
SEINE-ET-OISE
prit sa retraite en 1825, et composa dans la suite un
autre opéra : Mathilde^ni, croyons-nous, n'a jamais
été représenté.
Son frère, Auguste Kreutzer, fut également un
violoniste distingué.
Duchesne (J.-B. Joseph) (1770-1856).
Peintre sur miniature et sur émail, Duchesne com-
mença sa réputation sous le premier Empire, et fut
nommé, soUs la Restauration, peintre de la famille
royale. Il fut chargé de continuer la célèbre galerie
d'émaux commencée au Louvre par Petitot.
Ses miniatures sont remarquables par leur senti-
ment du naturel, qui les rend en quelque sorte vi-
vantes. Sa peinture sur émail se distingue par sa
finesse et son éclat.
Dagnerre (Louis-Jacques Mandé) (1787-1851).
Daguerrese livra d'abord à la peinture de paysage,
puis à la décoration théâtrale, dans laquelle il acquit
une grande habileté. Il excella surtout dans certains
effets que l'on a désignés sous le nom detrompe-l'œil,
et fit ainsi réaliser de grands progrès à l'art décoratif.
Doué d'une heureuse faculté imitative, il se réunit à
Bouton, peintre non moins habile que lui, pour
créer ensemble le diorama. Les deux artistes luttè-
rent de talent et d'intelligence pour produire des
tableaux dont les effets donnaient une complète illu-
sion et dépassaient tout ce qui avait été tenté jus-
qu'alors. On sait que le diorama constitue un tableau
circulaire dont les toiles transparentes procurent
au spectateur le charme d'une illusion complète.
Malheureusement, l'œuvre des deux artistes fut,
ARTISTES, INVENTEURS, INDUSTRIELS
57
quelques années plus tard, détruite par un incendie.
Daguerre s'était servi de toutes les ressources de
la physique et de la chimie pour le genre de peinture
dont il avait tiré le diorama. Ce même emploi de la
chimie devait le conduire à fixer les images, à l'aide
■ '
de certaines substances, sur les surfaces métalliques
polies avec soin. Cette idée était celle qu'avait conçue,
depuis 1814, un savant : NicéphoreNiepce. Daguerre
se mit en rapport avec lui. Après avoir reçu les
communications de Niepce, il s'efforça de perfec-
tionner son procédé, mais, n'y réussissant pas, il sui-
vit ses propres inspirations et iinit par découvrir le
procédé du daguerréotype, qui devait immortaliser
son nom. Les épreuves obtenues par ce procédé pré-
58
SEINE-ET-01SE
sentent une finesse admirable, que n'ont pas encore
atteinte les procédés de la photographie actuelle;
mais le miroité de la plaque est un inconvénient tel
que l'on a dû y renoncer pour découvrir, par ana-
logie, des procédés d'un perfectionnement plus fa-
cile et qui sont maintenant en usage. C'est, du reste,
à tort que l'on a voulu contester à Daguerre le
mérite de sa découverte. En effet, les recherches
deScheele, de Weldgwood et de Davy ne présentent
que de longs tâtonnements, qui n'ont pas été cou-
ronnés par un acte de découverte.
Le gouvernement accorda, tant à Daguerre qu'aux
héritiers de Niepce, qui mourut pendant les essais,
une pension à titre de récompense nationale, ou
plutôt de dédommagement pour l'abandon à l'indus-
trie de leur procédé, qui est devenu la photographie
de nos jours.
Daguerre se retira au village de Bry-sur-Marne,
près de Paris, où il mourut le 17 juillet 1851.
Il a publié deux traités : en 1839, Historique et Des-
cription du daguerréotype et du diorama, et, en 1844 :
Nouveau moyen de préparer les plaques photogra-
phiques. f
Les photographes de New- York ont érigé un ma-
gnifique monument à sa mémoire; la Société libre
des arts libéraux, qui le comptait parmi ses membres,
lui fit élever un tombeau avec le concours de la com-
mune de Bry.
Cormeille, son lieu de naissance, lui a érigé aussi
un petit monument sur la place de l'Eglise.
Mornuy {Philippe du PLESSis) (1549-1623).
Mornay naquit à Buhy, dans le Vexin français
ARTISTES, INVENTEURS, INDUSTRIELS
59
{arrondissement de Pontoise). Il fit à Paris de bril-
lantes études sur les langues savantes et sur la théo-
logie catholique ; mais, secrètement élevé par sa
mère dans le calvinisme, il le professa ouvertement
après la mort de son père.
Ce fut lui qui rédigea, en faveur des huguenots,
le mémoire que Coligny présenta à Charles IX.
Ayant échappé à la Saint-Barthélémy, il se réfugia en
Angleterre. Il fut cependant nommé un peu plus tard
gentilhomme de la chambre du duc d'Anjou, et, en
1375, il s'attacha au roi de Navarre, qui le nomma
surintendant de ses finances. Il tint tête à la Ligue et,
en 1589, s'empara de la personne du cardinal de
ix en
Bourbon proclamé roi par elle. Il négocia la pa
1592 avec le duc de Mayenne, et se prononça avec
ardeur contre l'abjuration de Henri IV. Il continua
néanmoins de servir ce prince avec fidélité, et fut
employé à plusieurs négociations importantes, par-
ticulièrement à celle qui prépara la dissolution du
mariage de Henri IV et de Marguerite de Valois.
Opposé à Sully qui, sous un même dehors austère,
avait bien plus de souplesse dans l'esprit, Mornay
finit par perdre la faveur de Henri IV. Il quitta la
cour et se retira dans son gouvernement de Saumur.
En 1598, il publia un Traité de F institution de
l 'Eucharistie , qui fut vivement attaqué par les docteurs
catholiques et amena une conférence devant des arbi-
tres désignés. La conférence eut lieu à Fontainebleau
en 1600, en présence du Roi et d'une nombreuse as-
sistance. Les actes de cette conférence furent publiés
par ordre royal et on en trouve le récit dans les
mémoires de Sully.
Mornay a publié en 1611 un livre intitulé Mystère
60
SEINE-ET-OISS
d'iniquité ou Histoire de la papauté, dans lequel il
prétend que le Pape est l'antechrist. On a encore de
lui un Traité de la vérité de la religion chrétienne;
un Discours sur le droit prétendu par ceux de la mai-
son de Guise ; des Mémoires et des Lettres. Il mourut
en i623. Considéré pendant plus de cinquante ans
comme l'oracle du protestantisme, il fut appelé le
Pape des Huguenots.
E. — HOMMES D'ETAT
Sully (Maximilien de Béthune, duc de) (1360-1641).
Presque compatriote du précédent, Sully originaire
de Rosny, près Mantes, porta longtemps le titre de
baron de ce nom. Calviniste renforcé, il fut dès la
première heure le compagnon de Henri de Navarre.
Il combattit à ses côtés dans les guerres dites de
religion, et s'y distingua. Ayant épousé une riche
héritière et réussi d'heureuses spéculations, il pos-
séda d'assez bonne heure une fortune considérable.
Henri de Navarre, devenu Henri IV, pensa qu'il
ne pouvait mieux faire que de confier la direction
des finances du Royaume à un homme qui avait su
gouverner si bien ses propres affaires , et la suite
lui donna raison. Le baron de Rosny fut nommé
surintendant des finances en 1596.
Dans cette entreprise du relèvement des finances
du Royaume, où, par suite de l'esprit de dilapidation,
d'ignorance et de mauvais vouloir, qui a caractérisé
HOMMES D ETAT
61
le règne des princes de la seconde branche des Valois,
les obstacles étaient en quelque sorte sans nombre,
Sully mit une volonté inflexible et une activité à toute
épreuve au service de la pensée du Roi.
Premier ministre en fait, sous le nom de surinten-
dant, il réforma et régularisa toute l'administra-
tion, dont il prit soin d'étudier lui-même la nature
et le fonctionnement. Le dernier règne avait créé
un déficit énorme pour le temps ; ce déficit s'était
forcément accru par cinq années d'anarchie presque
complètent il menaçait de s'agrandir encore par
les fortes sommes d'argent qu'exigeaient les chefs
de la Ligue pour reconnaître le nouveau Roi en lui
remettant les places ou les villes qu'ils se trou-
vaient posséder.
Sully pensa que la première chose était de réorga-
niser la perception de l'impôt, qui partout se faisait
arbitrairement pour les imposés, et avec une perte
de près des deux tiers pour le Trésor. Il en exigea
l'arriéré, tout en s'efïbrçant d'apporter à le recouvrer
une grande modération. Puis il appliqua ce recou-
vrement à combler une partie du déficit, ainsi qu'à
négocier plus avantageusement, ayant désormais
largent en caisse, le solde à payer aux anciens amis
du duc de Mayenne ; il leur en emprunta ensuite
ce qu'il put, moyennant intérêt, et jeta ainsi les bases
du régime du crédit.
Ce faisant, il n'oubliait pas la réorganisation de
l'armée, qui lui semblait indispensable au maintien
de l'influence, en Europe, de la politique française.
Il consacra des sommes considérables à remettre en
état de défense les places fortes des frontières ; ayant
la charge de grand maître de l'artillerie, et convaincu
62
SEINE-ET-OISE
de la supériorité de cette arme, il créa un arsenal
comme on n'en avait pas vu jusqu'à lui, et le remplit
d'un matériel qui eût certainement procuré la victoire
à l'armée dont Henri IV allait prendre le comman-
dement, au moment même de sa fin inattendue.
Mais le plus grand mérite de Sully est d'avoir
protégé l'Agriculture. Il lui donna en l'encourageant
avec un zèle inconnu jusqu'à lui, un essor également
inconnu jusqu'à son époque. Toutes les parties de
l'aménagement du sol : les eaux et les bois, le dé-
frichement des terrains vagues, le dessèchement des
marais, devinrent l'objet, sur le domaine de l'Etat,
de mesures qui provoquèrent de grands travaux
particuliers.
Sully se montra beaucoup plus réservé pour ce qui
touche à l'industrie, et surtout à l'industrie de luxe.
C'est ainsi qu'il combattit la culture des vers à soie,
préconisée par Henri IV qui dut lui imposer sur ce
ce point sa volonté absolue.
Sully s'inclina, devant le désir formel de son roi
et non seulement il n'apporta plus d'obstacles à
l'établissement de la culture dès vers à soie et des
mûriers, mais il s'y prêta de telle façon qu'on lui en
attribue tout le mérite, et qu'on ignore à cet égard
son opposition primitive.
Quelque temps après la mort de Henri IV, Sully,
témoin du désordre et de l'incurie de la Régence, et
se sentant impuissant à y remédier, comprit que son
rôle était fini. 11 alla résider en Poitou, dont il avait
le gouvernement, et il y vécut sur un grand pied jus-
qu'à sa mort, qui ne survint que trente ans après. Il
n'en sortit qu'une seule fois, en 1634, appelé à la
cour où le roi Louis XIII lui remit le bâton de ma-
HOMMES D'ÉTAT
63
réchal, mais il refusa de prendre aucune pari aux
événements du règne de ce prince.
On a de Sully, sous le nova A' Economies royales,
de précieux mémoires, qui furent publiés pour la
première fois en 1662. Ils sont rédigés sous une forme
originale, Sully supposant qu'il écoute, en auditeur
absolument silencieux, le récit de son existence et de
ses actes, qui lui est fait par des secrétaires.
« Dans ses Mémoires, — dit un écrivain du siècle
dernier, — en traçant les qualités morales que doit
posséder l'homme d'État, il a tracé son portrait sans
s'en apercevoir. On y voit lapureté des mœurs, l'éloi-
gnement du luxe, et ce courage stoïque qui dompte
la nature, qui résiste à la volupté, qui se refuse à
tout ce qui peut énerver l'âme. Sully avait adopté ces
vertus par principe et par caractère. A la cour, il
conserva l'antique frugalité des camps. Les riches
eussent peut-être dédaigné sa table, mais les Du Gues-
clin et les Bayard seraient venus s'y asseoir à côté dé
lui. Le travail austère remplissait ses journées. Cha-
que portion de son temps était marquée pour chaque
besoin de l'Etat. Chaque heure, en fuyant, portait
son tribut à la Patrie. Ses délassements mêmes
avaient je ne sais quoi demâle et de sévère. C'était du
repos sans indolence, et du plaisir sans mollesse.
L'économie domestique l'avait formé à cette écono-
mie publique, qui devint le salut de l'Etat. Ses
ennemis louèrent sa probité, et sa justice eût étonné
un siècle de vertu. » (Thomas, Eloge de Sully.)
64
SEINE-ET-OISE
F. — EDUCATEURS ET PHILANTHROPES
L'abbé «le l'Epée (Charles-Michel) (1712-1789).
Destiné d'abord au barreau. Ch. Michel de l'Épée
se livra à l'étude du droit qu'il ne tarda pas à aban-
donner pour entrer dans les ordres. Obstiné jansé-
niste, il refusa de signer le formulaire de l'archevêque
de Paris; celui-ci ne voulut pas lui conférer la prê-
trise, qu'il reçut de l'évêque de Troyes, neveu de
Bossu et.
Le hasard le conduisit un jour dans le réduit
d'une pauvre femme où il trouva deux petites filles
sourdes-muettes dont l'éducation avait été com-
mencée par un prêtre qui venait de mourir. Il prit
à tâche de continuer cette œuvre, ce qui décida de
sa vocation et donna un apôtre et un père aux sourds-
muets.
Ayant observé que les mots qui composent les lan-
gues humaines n'ont qu'un lien arbitraire et de pure
convention avec les idées qu'ils représentent, il en
conclut que l'idée se pourrait lier aussi bien à tout
autre signe, à un geste, par exemple, qui en serait
comme le mot, le véhicule et l'expression; l'œil
remplacerait l'oreille qui manque au sourd-muet :
c'était une anticipation de la télégraphie aérienne
appliquée par des instruments vivants.
Dès le xv° siècle, on avait bien essayé de donner
aux malheureux sourds-muets quelques éléments
d'instruction, en substituant à la parole des mouve-
ments de doigts; mais, privée des moyens d'action et
ÉDUCATEURS ET PHILANTHROPES 68
de développement que lui refusaient les préjugés ou
la dureté d'esprit de ce temps, cette excellente idée
était, restée languissante pendant plus de deux cents
ans.
Esprit méditatif autant qu'inventif, l'abbé del'Epée
commença par recueillir avec soin tous les signes
établis déjà; il en ajouta de nouveaux en assez grand
nombre, établit entre eux des rapports naturels et
réguliers, et fonda enfin, sur des principes étudiés,
l'art de comprendre et de se faire comprendre, dont
les sourds-muets se trouvaient privés.
Sa méthode établie, notre philanthrope voulut la
mettre en pratique. Il recueille, dans son petit
66
SE1NE-ET-0ISE
appartement de la rue des Moulins, tous les sourds-
muets qu'il peut découvrir. Il les instruit et les entre-
tient pour la plupart. Il en a bientôt quatre-vingts. Il
multiplie les sacrifices et les privations.il suffit à tout,
rognant chaque jour sur sa propre subsistance et pas-
sant l'hiver sans feu. Il ouvre bientôt un second asile
rue d'Argenteuil et trois autres pour les sourdes-
muettes dans différents quartiers de Paris.
L'opinion publique s'émeut enfin à la vue de ce
dévouement. La foule accourt aux exercices publics
auxquels il la convie : les élèves du bon de l'Ëpée
sont applaudis, embrassés, couronnés de lauriers et
acclamés par elle. Autant, jusqu'alors, on avait pris
de précautions pour ne jamais présenter aux yeux
de la société ces pauvres infirmes de naissance, au-
tant on les recherchait pour les admirer. La czarine
Catherine II, l'empereur Joseph II, émerveillés des
récits qui leur en venaient, firent à l'abbé de l'Epée
les offres les plus brillantes. Celui-ci ne voulut ac-
cepter, dans son désintéressement, qu'un sourd-muet
de chacun de ces souverains pour en former leur pre-
mier Instituteur.
II se fit ensuite des disciples en Suisse, en Espagne,
en Hollande, à Rome. Dans une sollicitude qui
devenait universelle, il eut la patience d'apprendre
seul, pour ses sourds-muets, plusieurs langues. Il
forma surtout le plus célèbre de ses disciples, l'abbé
Sicard, qui fut son successeur.
Sentant sa fin approcher, il craignit que son œuvre,
personnelle et isolée, ne vînt à disparaître ; il chercha
à lui assurer quelque puissante protection. Il obtint
du duc de Penthièvre qu'il la recommandât à la famille
royale. Marie-Antoinette alla visiter les humbles
ÉDUCATEURS ET PHILANTHROPES
6T
asiles. Louis XVI accorda ensuite pour les sourds-
muets les vastes bâtiments des Célestins, avec une dota-
tion annuelle de 6.000 livres. Le grand homme de bien
s'y installa avec ses disciples; la mort vint l'y ravir
à son œuvre, le 23 décembre 1789, entouré de ses
élèves et d'une nombreuse assistance. Il fut inhumé
à Saint-Roch dans une chapelle où l'on voit sa pierre
tombale constamment décorée de fleurs.
Ses funérailles furent honorées par une députation
de l'Assemblée nationale. Le 21 juillet 1791, l'Assem-
blée constituante déclara nationale l'institution de
l'abbé de l'Epée, et le plaça lui-même au nombre des
citoyens qui ont bien mérité de la patrie et de l'huma-
nité
L'abbé de l'Epée a publié en 1784 un ouvrage
anonyme dans lequel il expose sa méthode : Instruction
des sourds-muets de naissance par la voie des signes
méthodiques, ou, comme porte la 2° édition : La véri-
table manière d'instruire les sourds-muets, confirmée
par une longue expérience. Il a, en outre, fait imprimer
un recueil d'exercices ainsi que des lettres sur son art
écrites à un ami.
Mais sa méthode n'était point exclusive et ne se
bornait pas au langage des gestes. Il se servait de la
dactylologie, reproduction par les doigts de chaque
lettre de l'alphabet; il conseillait Y articulation arti-
ficielle, résultat obtenu par la reproduction des
sons de la parole, par l'inspection et l'imitation des
mouvements des organes qui les produisent. Ces
derniers moyens n'étaient alors pour lui que des
accessoires de la méthode.
Né à Versailles, l'abbé de l'Epée a sa statue sur
l'une des places de cette ville.
SEINE-ET-0IS2
Quesnajr (François) (1694-1774).
Ce précurseur Je la science économique est origi-
naire du canton Je Montfort-l'Amaury. Sa première
vocation l'appelant vers la chirurgie, il vint l'étudier à
Paris. Après s'être établi d'abord à Mantes, où il
publia des mémoires très remarqués concernant cet
art, il fut rappelé à Paris comme secrétaire perpétuel
de 1 Académie de chirurgie. Choisi comme chirur-
gien de la famille royale, il se vit obligé de renoncer à
sa profession, mais s étant concilié l'amitié de M me de
Pojnpadour, il dut au crédit de cette dernière d'être
nommé médecin particulier de Louis XV.
Cette fonction lui laissant beaucoup de loisirs,
Quesnay se rappela qu'il était né à la campagne et
qu'il y avait été élevé. Comme il en avait gardé bon
souvenir et qu'il avait été témoin de nombreuses di-
settes, il résolut de remettre l'agriculture en hon-
neur. 11 débuta dans sa carrière d'écrivain écono-
miste, assez nouvelle pour lui, et très nouvelle pour
son temps, par des articles qu'il fournit aux jour-
naux de physique, de chimie et d'agriculture. Puis
il s'occupa longuement de la question des grains dans
Y Encyclopédie.
Dans ce monument célèbre que tenta d'élever à
l'esprit humain l'esprit philosophique du xvin" siè-
cle, Quesnay put exposer successivement ses vues
sur la science, inconnue jusqu'à lui, de l'économie
politique. Toute une école d'adeptes ne tarda pas à se
former sous son impulsion et celle du comte de Mira-
beau (père de l'orateur) qui publia, en 1764, de
concert avec Quesnay, son livre de V Economie rurale.
Quatre ans plus tard, Quesnay, que couvraient ses
ÉDUCATEURS ET PHILANTHROPES
69
très hautes protections, put faire paraître en toute
liberté son ouvrage capital : La Physiocratie o u Con-
stitution naturelle des Gouvernements. Le système
économique exposé dans cet ouvrage se résume en
cette formule : « La terre est la source de tous les
biens qui sont dans le monde; elle produit tout et
elle absorbe tout, pour tout rendre. »
On a reproché à Quesnay de n'avoir pas tenu suffi-
samment compte de tous les éléments qui aident en
dehors de l'agriculture aux progrès de l'humanité.
En effet, dans l'agriculture, unique occupation de
l'homme, le même s'occupe de tout à la fois : de la
culture de la terre, de l'élevage du bétail, du tissage
des laines ; il opère ensuite un échange de son ex-
cédent avec celui qui s'occupe de son côté d'une oc-
cupation primitive, la chasse et la pèche. Mais
quand les échanges sont d'autre nature et que le
cercle va en s'agrandissant, l'industrie manufactu-
rière en sort et marque promptement toute la diffé-
rence qui la sépare de la simple industrie agricole.
Puis, comme les échanges en viennent à s'opérer
tous les jours, on voit naître le commerce, qui ne
tarde pas à nécessiter l'emploi du moyen par excel-
lence des échanges : la monnaie. Enfin, l'industrie
développant toutes ses branches, les rapports de tous
les facteurs de ces branches constituent en se multi-
pliant et se pondérant, ce que l'on nomme : l'har-
monie industrielle.
•Les disciples de Quesnay ont été désignés sous le
nom de physiocrates, pour ce motif qu'ils plaçaient
dans le sol, suivant la leçon du maître, toute la puis-
sance productive, Ceux qui sont venus après eux
ont dû signaler cette erreur et démontrer que, quelle
SErNE-ET-OlSE
que soit l'importance de l'Agriculture, il ne faut
pourtant pas la considérer comme le seul élément, le
seul moteur stimulant de la vie sociale. Elle en est le
premier, en effet, mais qui dit premier ne dit pas
pour cela unique. Ainsi est-ce avec raison que la
science économique actuelle a défini trois grands
éléments de production ou trois sources de richesses :
la Terre, sous sa forme naturelle ; le Travail et le
Capital, sous leurs diverses formes sociales.
Quant au maître lui-même, à^Quesnày, ainsi que
nous l'avons dit, son esprit avait été frappé par la
facilité de la disette à son époque. Malgré l'erreur où
l'avait entraîné cette idée, il ne faut pas moins le te-
nir pour le précurseur de l'Economie politique. C'était,
du reste, un homme à l'esprit méditatif, et qui, mal-
gré son heureuse position à la Cour, sentait et recon-
naissait admirablement les mauvais côtés de l'abso-
lutisme.
M me du Hausset, femme de chambre de M me de
Pompadour, raconte en ses Mémoires que Quesnay
lui disait un jour en parlant de Louis XV : « C'est
un homme que je ne puis pas voir sans frissonner.
— Et pourquoi donc? — Parce que je pense toujours
que, s'il le voulait, il me ferait tomber la tête des
épaules... — Vous êtes fou, Quesnay; le Roi est si
bon! — Sans doute ;mais s'il ne l'était pas!! »
Tout ce que renferme de supportable ou de mau-
vais, dans les temps passdSjfrÉhjistoire de l'absolu-
tisme, éclate dans cette smp1.é réflexion.
E. DENTU, EDITEUR
CUREL, GOUGIS et C ie , Successeurs
J ET 5, PLACE DE VALOIS PARIS,
EXTRAIT DU CATALOGUE
DES OUVRAGES RECOMMANDÉS
POUR LIVRES DE PRIX, BIBLIOTHÈQUES DE CLASSE ET DE FAMILLE
TITRE DE L'OUVRAGE
Carnot
Histoire de l'imagerie popu-
laire
[Histoire de la caricature an-
- tique
[Histoire de la caricature au
moyen âge
'Histoire de la caricature sous
la réforme
Histoire de la caricature sous
la république
Histoire de la caricature mo-
derne
Histoire des faïences patrio-
tiques
.Aventure d'un chien de
chasse
Contes d'un buveur de cidre.
Siège de Bitche
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7 SO
in-32. .
in-18ill.
in-8°ill.
in-8° . .
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1 »
1 »
2 >>
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37 30
20 »
10 »
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•M16 . . .
3 50
fjfr. in-18.
3 50
in-8» ill. .
7 »
—
15 »
in-4° ill. .
40 »
—
25 »
in-8° ill. .
12 »
in-18j. ill.
3 50
in-8° ill. .
10 »
in-18 jés.
3 50
—
3 50
—
3 50
in-18 rai.
5 »
in-18 jés.
3 50
3 50
3 50
in-18 j. ill.
3 50
in-18 jés.
3 50
in-18 jés.
3 50
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